Les Parisiens par Incertitudes
Je me souviens très bien de la sortie de ce film. Je venais de faire ma rentrée à la fac. Lelouch devait assister à la projection du film dans mon cinéma et face aux critiques assassines, il s'était décommandé au dernier moment. Furieux contre cette intelligentsia qui selon lui massacre les films populaires (on se souvient du fameux "Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n'en entendrez plus jamais parler" asséné par les Cahiers du cinéma après son premier film Le propre de l'homme), il va jusqu'à payer la séance de 19h afin que les spectateurs se fassent leur propre avis. J'ai profité de l'aubaine. D'autant que j'adore Lelouch.
Mais force est de constater que ce film est le point d'orgue d'une descente aux enfers cinématographique entamée en 1998 avec Hasards ou Coïncidences et qui s'était poursuivie avec Une pour toutes et And now ladies and gentleman. Pour moi sa carrière s'est, provisoirement j'espère, arrêtée aux Misérables, réalisé en 1995 et qui fait office de bon film d'aventure (malgré un sursaut avec son polar Roman de Gare en 2007).
Cependant, il reste un très grand directeur d'acteur. Certainement le meilleur en France (il souffle les répliques à ses comédiens au dernier moment pour plus de spontanéité de leur part), mais applique toujours les mêmes recettes, sans jamais atteindre le même succès, de Un homme et une femme.
Pour ce film, concentré des préoccupations Lelouchiennes sur la vie, l'amour, le bonheur, les rencontres, le hasard, la multiplication des personnages rend la narration hasardeuse. On ne sait pas à qui s'identifier. Lelouch aurait uniquement dû se concentrer sur la romance entre Maïwenn et Massimo qui se suffisait à elle-même.
Les dialogues cucul la praline et bien souvent interminables, les aphorismes de comptoir chers à Lelouch sont grotesques à part peut-être l'introduction où il nous donne l'occasion de revoir le regretté Ticky Holgado, à qui le film est dédié, dans son dernier rôle peu avant sa mort.
Tout ceci respire aussi clairement la suffisance comme lors de la scène de la boîte d'échangisme où il se la joue à la Kubrick dans Eyes Wide Shut ou lorsqu'il se met en scène en compagnie de sa femme de l'époque Alessandra Martines de loin la séquence la plus ridicule du film.
Pas grand chose ne ressort donc de ce naufrage pas même la prestation de Mathilde Seigner pourtant la seule à réussir à insuffler un semblant d'émotion. Peut être parce que finalement, c'est la seule bonne actrice du lot comprenant Michel Leeb, Arielle Dombasle, Francis Perrin, Richard Gotainer entre autres.
Le bide est mérité. Pas le lynchage médiatique dont Lelouch a été victime. A lui de se remettre sérieusement en question et de revenir à un cinéma plus accessible, plus grand public, plus commercial pourquoi pas, et moins pour ses fans, ce qu'il a d'ailleurs commencé à faire avec le réussi Roman de gare.