... qui ne parviennent pas à faire comprendre à leur public leur but principal. Car ici, il s'agit avant d'un film total, une œuvre comme on en trouve très rarement, une œuvre qui ne cherche pas les compromis, une œuvre qui se voue corps et âme à son propos. Si Miller avec Fury road parvient à captiver le public grâce à la maestria de son ballet mécanique, si Kubrick ennuie tout le monde en racontant l'histoire d'un type qui s'ennuie dans Barry Lyndon et si Schumacher revisite le mythe pleurnichard du chevalier noir avec le style 1966 dans Batman & Robin, Anderson parvient à son tour à toucher du bout des doigts cette catégorie de films.
Il est notoire que mettre en parallèle Kubrick et Anderson est assez audacieux, il n'en demeure pas moins que les œuvres sus-citées ont tout de même le courage d'aller jusqu'au bout de leur démarche. De même, lorsque Starship troopers est sorti, une volée de bois vert est venue des states où on lui reprochait un fascisme rampant. Mais on a remarqué que c'était tellement gros, tellement appuyé, bien que fait intelligemment, qu'il était impossible que Verhoeven ait fait un film aussi unidimensionnel. Remettons les choses en perspectives : Anderson ne cherche pas à faire passer de message, un brulot jeté à la face des milices privées ou des militaires fascinés par leurs armées et leur puissance. Non, on est très loin de tout ça. Par contre, faire le plus romanesque, le plus flamboyant, le plus aventureux possible avec, à la base, l'un des auteurs français les plus connus pour ça, on se dit que peut être, avec un minimum d'ouverture d'esprit, il est vraisemblable que ce soit fait dans une certaine démarche.
On parle quand même d'un film qui débute avec Athos en homme grenouille ninja, Porthos en spécialiste de l'arme improvisée, Aramis en prêtre guerrier sensuel, Milady en espionne acrobate et de Windsor en grand méchant à la banane et la voie mielleuse dévoilant son plan diabolique, épargnant les héros et s'enfuyant dans un rire sardonique. Tout ça, en moins de dix minutes. Et après, on peut lire de ci de là, que le film est sérieux...
Avec des effets spéciaux modestes mais jolis, des costumes ridicules mais inventifs, des acteurs au diapason d'une déconnade de près de deux heures et un scénario débile, fidèle et grandiloquent, cette lointaine adaptation parvient à capter le romanesque des idées de Dumas. Parce qu'il faut quand même s'imaginer au XVIIème siècle, des batailles aériennes dans des dirigeables survolant Paris, tiraillant au canon automatique sur les parois de la Tour de Londres ou encore balancer une ancre de marine au pied d'un château parisien pour faire atterrir une délégation anglaise. On navigue dans l'ultra n'importe quoi.
Les productions frisant ce niveau d'absurdité peuvent se diviser en trois catégories : celles qui ne voient pas qu'elles font n'imp', celles qui se disent qu'elles font n'imp' mais que sur un malentendu ça peut marcher, et celles qui sont tellement foutraques, tellement abouties dans le grand 'port'nawak qu'elles présentent, qu'on imagine bien Paul W.S. Anderson la rage au ventre, dans la salle de réunion, gueuler : "Mais vas-y, on s'en fout, on va se marrer, on y va à fond ! On fait tout ! TOUT VOUS M'ENTENDEZ ! Tout ce que vous pouvez imaginer de dingue, on le fait ! Des bateaux qui volent ? Banco ! Des Ninja à Venise ? Banco ! Pas besoin d'être sérieux, on s'en fout, on y va ! La totale !".
Merci pour ce grand moment de rigolade, ce gros doigt d'honneur aux abrutis qui trouvent de toute façon Les trois mousquetaires chiant mais qui se disent que c'est une mauvaise adaptation, un big up à tous ceux qui se disent que le n'imp' au cinéma, c'est aussi un art total trop rare.