Métamorphose narcissique
J'aime beaucoup le cinéma de Todd Haynes, lorsqu'il s'attache à porter sa caméra au delà du mur des apparences pour disséquer un certain "American way of life", et traquer les malaises et...
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le 26 janv. 2024
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Grosse bouse intersidérale, à la limite du supportable. J'ai souffert jusqu'a la fin... Au bout de 5 minutes, le ton est donné : alors qu’un jeune type fait cuire des saucisses sur la terrasse d’une villa, Julianne Moore se dirige vers sa cuisine et ouvre le frigidaire quand soudain… zoom avant sur son visage, musique angoissante, suspense insoutenable… Julianne Moore brise le silence par un « je crois qu’on a pas assez de hot-dogs » sorti du tréfond de son âme… Est-ce une parodie ? Un hommage aux pires films de Chabrol ? Un film d’horreur ? En réalité, Haynes semble bel et bien nous proposer un film psychologique de haut vol.
Qu’on se le dise, cette première scène est parfaitement représentative de la suite. La BO affreusement datée ne cessera jusqu’à la fin de surligner à outrance les tensions ou les pseudo zones d’ombre des personnages.
Tout repose sur un mystère « insondable » : comment Gracie Atherton (Julianne Moore) a-t-elle pu quitter son mari et ses enfants pour vivre une histoire d’amour avec un gamin de 12 ans (l’histoire est inspirée de celle de Mary Kay Letourneau) ? Le récit introduit alors Elizabeth Berry (Natalie Portman) une actrice qui s’apprête à incarner à l’écran Gracie et qui s’invite dans l’intimité de leur foyer pour préparer son rôle. Démarre une enquête interminable et ultra linéaire qui révèle que, dans le fond, on est tous pareils, névrosés et remplis de paradoxes.
Le scénario et les dialogues étant indigents, le spectateur est censé deviner les turpitudes intérieures de chacun simplement parce que Haynes l’a décidé. Alors les personnages se mettent à changer ou à adopter des comportements très étranges sans qu’on sache vraiment pourquoi (comme dans cette séquence improbable ou Natalie Portman s’affaisse derrière une porte au fond d’un couloir dans une sorte d’extase érotique suivie par des plans de chenilles sur des feuilles… Attention, la Natalie va bientôt sortir de sa chrysalide !) On se dit alors que c’est exprès, que la banalité du texte (et des situations) est une mise en perspective de la « normalité ». Mais non, la superficialité reste de la superficialité.
Même la direction d’acteur nous mène dans l’impasse (je suis pourtant un inconditionnel de Julianne Moore), Natalie Portman remportant haut la main la palme de la suffisance. D’une froideur extrême, elle est incapable d’insuffler la moindre tension intérieure à son personnage, ni même le désir. Ses scènes de séduction (ridicules il faut bien le dire) ou d'auto érotisation tombent complètement à plat. En parlant de platitude, le directeur photo fait très fort. L’image est aussi grise et insipide qu’un matin de brouillard sur un parking désert.
J’ai bien peur que « May December » fasse partie de ces innombrables films réalisés par des types persuadés d’être des Bergman en puissance alors qu’ils ne sont que des tâcherons (oui j'exagère un peu dans le cas de Haynes mais ce film m'a foutu en rogne). Y a rien de pire. La mise en scène des introspections existentielles ou des subtilités de la perversité humaine se transforme irrémédiablement en clichés de films intello nombrilistes. Ici on est à la limite du sketch et on a bien de la peine pour Haynes qui vaut bien mieux que ce navet prétentieux. A fuir, sauf si vous avez 2 heures à perdre.
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