On est bien loin de l'intensité dramatique du "Dorp aan de rivier" réalisé treize ans plus tôt par le même Fons Rademakers et qui m'avait ému par la profondeur du récit et la justesse de sa narration, ancré solidement dans la Flandre d'antan avec des personnages de caractère.
Ici, on a l'impression d'un montage à la hâte, d'un scénario dépouillé de sa puissance. Il y avait pourtant matière à soulever des problèmes sociaux et politiques d'envergure avec ce pont qui vient bouleverser la vie d'un village, mais comme les hommes du récit, Fons Rademakers semble avoir été happé par la beauté de Willeke van Ammelrooy et en a oublié de faire vivre ce film autrement que par certaines scènes et dialogues-clés qui sont avec le recul plus cocasses qu'autre chose.
Mal construit, le film hésite trop longtemps entre les deux personnages du film (Mira et le pont) et ne propose au final que quelque chose de très fouillis, superficiel, au mieux folklorique (l'atmosphère d'un village flamand du début du vingtième siècle semble quand même plutôt fidèle) et au pire un peu vulgaire, s'attardant à peine sur les motifs qui poussent ce village à se rebeller contre la construction de ce pont et les dépeignant comme un tas de brutes impies.