Un film détesté... Mais pas par tout le monde ;)
Il existe des films qui resterons à jamais incompris par le 'commun des mortels', et il va sans dire que celui là en fait parti.
Galvanisés par "Suspiria" et "Inferno", bon nombre ont été déçu, voire excessivement déçu ou plus, par ce métrage qui conclu la fameuse saga des 'Trois Mères'.
Je le concède volontiers : c'est certainement le moins bon des trois...
Cependant, le film fait preuves de beaucoup d'audaces et de la maitrise habituelle d'Argento, qu'on sent presque gonflé à bloc après le succès publique et critique de "Jenifer", épisode marquant de la serie "Masters of Horror".
Remettons les choses dans leur contexte : Argento sort d'une traversée du désert artistique où quasiment tous ses films ont été massacrés par la critique. Et oui, pour rafraichir les memoires, après "Phenomena", il lui aura fallu attendre pas loin de dix ans pour recevoir une nouvelle critique vraiment positive ses pairs avec "Le Syndrome de Stendhal", et là encore, il enchaine à nouveau dix ans de critiques assassines jusqu'à "Jenifer"... A cela s'ajoutent plusieurs facteurs tout aussi important : il est oppressé par la censure italienne, il possède un budget dérisoire pour faire son film, le scenario de ce dernier était tout bonnement catastrophique, le tournage fut plus que houleux, et il s'est retrouvé en roues libres alors qu'il etait en pleine reconstruction personnelle et en crise d'experimentation.
"Mother of Tears" est un cri désespéré, une ambitieuse catharsis, un magistral et chaotique exutoire filmique dans lequel Argento nous livre tout de même quelques moment qui frolent le génie.
Si les scènes en exterieur sont parfois calamiteuses, Argento montre tout son talent dans les espaces clos qu'il sublime comme lui seul sait le faire. Sa science est toujours présente dans la composition des cadres, il a toujours son soucis quasi maniaque du détails, il nous offre toujours des moments insolites et inattendus, mais aussi des classiques comme ce superbe plan sequence qui débute dans l'escalier en colimaçon...
Dans ce film ou le grotesque cotoie le sublime, on découvre un Argento qui se lache et s'inspire de ses tribulations americaines pour devenir outrancier dans le gore, l'erotisme facile et aussi proposer une mise en scène décomplexée et malade qui font de ce film un métrage unique en son genre.
Il s'offre aussi une petite gauffre en glissant dans ce film au moins un clin d'oeil à chacun des films de sa filmographie. Par exemple, la scene au milieu des carcasses et des vers est une allusion directe à "Phenomena" dans lequel on trouve une scene quasiment identique.
A coté de ça, on voit qu'il puise son inspiration dans des thèmes qui lui sont cher, comme la peinture, le paganisme, l'alchimie, la culture populaire, le roman photo, la télévision... Ce mic-mac cinématographie perturbe et déstabilise grandement, ne permettant pas, hélas, de poser une vraie ambiance dans le films, on reste en constant déséquilibre, ne sachant jamais sur quel pied danser, sans pouvoir réellement voir ou interpreter les réelles motivations du realisateur dans certaines sequences. Très perturbant, mais jamais ininteressant, ce contraste entre 'médiocre' et 'excellent' pousse le simple spectateur comme fan averti, dans des retranchement et un monde auquel on n'est pas habitué. Veritable fourre-tout, ode à l'hysterie et à la folie collective, on découvre des scènettes sans queues ni têtes et dont on se demande encore ce qu'elle viennent faire là, sinon justement donner ce coté "patchwork hysterique filmé" à un métrage qu'on attendait nettement plus esthetique et posé. Le 'fil rouge' quant à lui est montré avec autant de brio que de maladresses, mais vu l'aspect décousu et limite anarchique du film, on peut presque supposer que c'etait délibéré et volontaire.
Les acteurs participent aussi à tout le processus avec au premier plan une Asia Argento presque transfigurée qui propose une composition parfaitement dans le ton. Elle semble jouer une sorte de caricature d'elle-même, jouant sur le trash, le glamour, la fragilité, l'excentricité et le kitsh avec une pointe de surjeu toujours bien placé. Dans le surjeu on trouve aussi un Udo Kier totalement déjanté qu'on croirait tout droit sorti d'un film expressionniste allemand muet, sauf qu'avec le son le ton est donné différemment, et là encore on se retrouve perdu entre la folie brute et le rire franc.
La musique n'aide pas beaucoup non plus à se trouver ou à se repérer dans ce film, oscillant entre psychédelique et la musique de serie B nanardesque, l'ambiance reste abstraite et presque 'psychatrique' tant on est malmené de toute part par des informations dont on ne saisi jamais vraiment le sens.
Un film comme celui ci demande en plus plusieurs visions pour en retirer vraiment toutes les subtilités, et au final on peut, comme moi, en ressortir conquis.
Définitivement différent des deux autre opus, "Mother of Tears" est une fiesta jubilatoire ou se cotoient les clichés de mauvais gout, l'hommage grossier aux 80's, l'experimentation pure et simple, et aussi cette rage viscérale qui nous laisse chancelant et completement vidé après avoir pris ce métrage en pleine gueule... Cet effet est tres bien rendu d'ailleurs par l'eclat de rire final, perçu comme une liberation nerveuse, ou comme un gros "f*ck" du realisateur qui nous montre a quel point il s'en est foutu de tout, j'adore!!...
Argento rules! ^_^