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Angle mort
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Avec Napoléon, Ridley Scott assume vouloir réaliser une ambitieuse et monumentale fresque historique sur un personnage qui le fascine depuis longtemps. Or le réalisateur anglais alterne depuis des années le bon et le (bien) moins bon, en atteste ses deux dernières productions, le raté Gucci et l’excellent Dernier Duel. Dans quelle catégorie allait se retrouver le biopic du premier Empereur de France ?
Son projet doit d’emblée surmonter quelques handicaps. Le fait qu’il soit tourné en anglais est une incongruité qu’il est difficile de dépasser, surtout lorsque l’armée française (parlant anglais donc) affronte les Britanniques. Ensuite l’incarnation du personnage de ses 25 ans à sa mort par un même acteur de 50 ans qui ne bouge pas physiquement n’aide pas à s’y repérer dans la chronologie du film. C’est un écueil sérieux au regard de tout ce qu’il y a à raconter sur ces 25 ans.
Or Scott semble lutter constamment contre le temps. A vouloir tout dire trop vite, rien n’est vraiment approfondi. Il manque cruellement de repères historiques et de contexte géopolitique pour ancrer le récit, qui s’avère haché et décousu.
Raconter la conquête du pouvoir et le règne de Napoléon en un peu plus de 2h30 seulement tient certes de la gageure, mais choisir l’angle de son histoire d’amour contrariée avec Joséphine est questionnable. C’est un Bonaparte torturé et obsédé par les agissements de sa moitié qui nous est présenté, un cocu magnifique dont on peine à discerner le leadership et la célèbre autorité. La relation Napoléon/Joséphine souffre aussi beaucoup des ellipses du scénario, peinant à transcrire la passion, la relation fusionnelle entre les deux amants. On ne perçoit que trop peu les sentiments, on devine à peine leur amour, encore moins leur complicité. La faute aussi à l’interprétation un poil mécanique de Joachim Phoenix, qui campe un Napoléon passif et geignard, très loin de l’image de génie militaire intraitable qu’on peut avoir de lui. Bref, un Napoléon assez éloigné de sa légende.
Pour autant, le film ne manque pas de qualités, du moins formelles. Il y a du cinéma sur l’écran, et du bon. Les scènes de batailles, en particulier Austerlitz, sont impressionnantes, parcourues par une urgence, une violence et une rudesse électrisante. La reconstitution de l’époque Napoléonienne est irréprochable et Ridley Scott reproduit malicieusement quelques moments mythiques qui parlent à l’inconscient collectif, comme la scène du couronnement, reproduction de la reproduction du fameux tableau de David, pièce maitresse du Louvre.
Trop brouillon, manquant d’angle et de perspective, le Napoléon de Scott déçoit sur le fond, beaucoup moins sur la forme. Rappelons cependant qu’une version de 4h30 est prévue pour AppleTV, producteur principal du film. Elle sera sans doute plus fidèle à la vision de Scott et sera probablement l’occasion de combler les trous narratifs pour lui permettre de retrouver la densité et le point de vue qui fait défaut à cette version cinéma.
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le 24 nov. 2023
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