Le hasard des choses a voulu que je regarde ce film alors qu'une révolte des agriculteurs est toujours en cours. En France, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Espagne..
Partout en Europe des agriculteurs bloquent des enseignes de la grande distribution et interpellent le politique pour réclamer des prix justes et de vivre dignement des fruits de cette terre qu'ils chérissent.
Signe avant coureur, le film Alcarras, sorti en 2022 nous plonge le temps d'un été dans le quotidien d'une famille de paysans catalans en voie de déclassement à cause d'un contrat de bail oral d'antan que le riche voisin ne compte plus respecter.
Le jeux des acteurs est si authentiques, les relations et les tensions entre les membres de la famille sont si proches de la réalité qu'on a l'impression que tout cela est réel. On imagine sans peine que cela a du arriver quelques fois. Et cela donne à l'histoire une consistance si immersive qu'on est directement pris dans les passions des protagonistes. On se met inévitablement à haïr - enfin ça c'est peut-être juste que je suis un sale gauchiste qui veut l'abolition de la propriété privée - le riche propriétaire d'à coté qui désire avant tout faire son beurre avec de l'agro-voltaîsme et se moque bien (mais légalement) des désirs de la famille Solé de garder son indépendance et son autonomie. Même en étant mieux payé... La liberté ça n'a pas de prix dira t'on ! C'est ainsi que le film nous plonge dans ce dernier été dramatique où cette famille attachante s'accroche à une dernière récolte avec honneur et dignité tout autant qu'avec l'énergie du désespoir.
Mais on ne saura pas si les soleils ce sont les fruits récoltés, les enfants nés de la prospérité qu'apportaient le travail de la terre et auquel ils contribuent aujourd'hui ou bien le microcosme d'entraide et de soutien informelle qui se dessine collectivement entres les différents membres de la famille face à la froideur de l'insatiable ogre marchand. Peut-être tout à la fois.
Nos Soleils est donc bien un film social qui a le mérite de rendre palpable l'aliénation propre à la propriété privative. Il nous plonge dans un monde agricole en déclin détruit par cette machine capitaliste infernale qui valorise le fait de manger les moins biens lotis que ce soit, au mépris de la mémoire, de l'histoire et du bon sens de laisser à tous la possibilité de vivre dignement.
Rien n'est fini, mais tout commence...