Dramatique, poétique, une musique magnifique, Un super film.

Sorti à une époque où tout le monde avait en tête le film : Les Dents de la mer, Orca a d’une certaine manière surfée sur la popularité du chef d'œuvre de Spielberg. Cependant les deux films n'ont absolument rien à voir, que cela soit dans l'histoire, le genre ou les thèmes abordés.
Orca n'est pas un film d'action, ni un film d'horreur ou un film à suspense. Orca est un film dramatique, poétique, à l'émotion chargée et extrêmement triste.


L'histoire, à Terre Neuve, le capitaine Nolan et son équipage décident de capturer un Orque afin de le vendre à un aquarium. Seulement au lieu de réussir à le capturer, ils tuent une femelle Orque enceinte, sous les yeux du mâle impuissant. Le mâle part alors en quête de se venger de ceux qui lui ont enlevé sa famille.


Commençons par les acteurs. La prestation globale des acteurs est plutôt bonne mais c'est surtout Richard Harris qui tire son épingle du jeu en incarnant le Capitaine Nolan, ce personnage froid au premier abord mais très complexe au fil du film. L'autre personnage du film, c'est l'orque qui est décrit et présenté comme une personne à part entière. Le réalisateur lui donne une personnalité, un background, des émotions et pour accentuer cette personnification de l'animal, le réalisateur filme à travers ses yeux.


Techniquement le film est réalisé avec peu de moyens. Difficile en 1977 d'avoir des CGI pour créer un Orque numérique et la production n'avait pas les moyens de s'offrir un Orque mécanique comme Spielberg dans Jaws. Du coup, le réalisateur use de subterfuges en mélangeant des images d'orques dans leur milieu naturel et de plans de caméras sur les acteurs afin de donner l'illusion que les acteurs aient tourné avec l'animal. Mais la vraie bonne idée du film, c'est d'avoir voulu raconter l'histoire à travers les yeux de deux personnages. Le capitaine Nolan d'un côté, un homme fort et sûr de lui en façade mais malheureux à l'intérieur. Et de l'autre côté, l'orque, un titan des mers en plein désespoir. Le réalisateur filme la mer à travers le point de vue du capitaine qui regarde vers le bas. Et de l'autre, le réalisateur filme le monde des humains à travers les yeux de l'orque qui regarde vers le haut.
Deux visions opposées de deux mondes tout aussi opposés que rien ne semble pouvoir réunir et pourtant ces deux êtres l'un humain et l'autre animal qui vont s'affronter, soufrent tout deux du même mal et du même désespoir.


Ce qui m'amène à parler de ce qui fait la force du film, sa psychologie et les thèmes abordés. Le film parle du devoir. Le devoir d'un père de protéger sa famille, le devoir d'un homme qui doit assumer les conséquences de ses actes et de ses choix. Le devoir d'accomplir ce qui doit être fait par honneur et par responsabilité.


Autre thème abordé, le deuil, la perte d'un enfant qu'il soit humain ou animal et tout le désespoir et la tristesse que cela engendre.


Tous ses thèmes sont abordés à la fois à travers les yeux du capitaine mais aussi celui de l'orque.
Ici, il n'y a pas de méchant ou de mauvaise personne. Mais des êtres qui vivent des drames. Drames qui forgent leur caractère, drames qui les poussent à mal agir mais qui au final les amènent à assumer leurs choix et assumer les conséquences en allant jusqu'au bout de leur devoir, de père, d'adultes responsables (homme ou animal).


Le devoir est l'axe central du film pour moi car il oppose plusieurs visions du devoir. D'un côté celle des habitants du village de pêcheurs qui vont faire pression sur Nolan afin qu'il parte en mer pour tuer l'animal alors qu'eux même n'assument pas de partir à la chasse en mer par peur mais qui se cachent derrière l'excuse de la responsabilité de Nolan.
De l'autre le devoir du capitaine qui lui est conscient de l'erreur qu'il a commise mais qui malgré son refus de faire du mal à un animal dont il sait qu'il est la cause de son malheur va finalement assumer les conséquences de ses actes en allant effectuer son devoir de tuer l'animal.
La troisième vision, c'est celle de la biologiste marine qui au début ne veut pas que l'on touche à l'orque car c'est une bête dotée de sentiments et d'intelligence mais qui par la suite va inciter Nolan à tuer la bête pour restaurer l'équilibre et stopper cette vendetta meurtrière et destructrice. Elle, par contre, va renier ses principes de non-violence par devoir et partir sur le bateau avec Nolan pour tuer la bête. Même si au fond d'elle, elle ne souhaite la mort ni de l'animal, ni du capitaine, elle sait que c'est la seule issue possible pour arrêter cette folie.
Enfin, la dernière vision du devoir est celle de l'orque mais qui est aussi valable pour Nolan car tout deux vivent ou ont vécu le même drame. C'est le devoir du père. L'orque n'agit pas seulement par vengeance mais aussi par devoir. Le devoir d'un compagnon et d'un futur père qui n'a pu protéger sa famille et qui parce qu'il se sent coupable va se lancer dans une folie meurtrière mais qui au final va assumer les conséquences de ses actes en allant jusqu'au bout de ce qui doit être fait. Difficile d'en dire plus sans spoiler la fin du film.


Autre thème abordé dans le film, c'est le deuil et la perte d'un enfant. C'est certainement le plus grand drame que peut vivre une personne dans sa vie. Ici c'est l'orque qui en est victime. Par la suite, on apprendra que Nolan a vécu la même chose.
A travers le capitaine et l'orque, le réalisateur va traiter des sept phases du deuil.
Phase 1 : Le choc. Le film commence par le drame en lui-même. La mort de la femelle orque et du fœtus. Scène qui est présentée de manière très crue, violent telle que l'on pourrait s'imaginer la vivre. Tout d'abord la caméra montre le sang et la douleur physique de l'animal qui meurt dans un cri horrible à percer les tympans. Le cri de douleur et de désespoir de l'orque m'a toujours marqué.
Phase 2 : Le déni. La caméra bascule sur le regard du capitaine des témoins du drame et enfin sur le regard de l'orque regardant impuissant la mort de sa famille. Les sentiments qui sont retranscrit dans cette scène sont le dégoût, l'horreur et la tristesse. Le déni, lui, est montré par le regard des témoins et des responsables du drame. Lorsque le fœtus se retrouve sur le bateau, la première réaction que l'on entend, c'est de faire disparaitre « ça » du pont du bateau comme si les responsables de ce drame niaient l'acte odieux qu'ils venaient de perpétrer.
Phase 3 : La colère. Après le drame, l’orque va tout de suite s’en prendre au bateau dans un excès de rage et de colère. Puis il va s’en prendre à tout le monde, que cela soit les responsables du crime mais aussi les personnes innocentes.
Phase 4 : La tristesse. Cette phase est représentée par l’acteur de devoir de l’orque de récupérer le corps de la femelle pour la ramener dans un premier temps en mer pour qu’elle soit auprès de lui comme le ferait un époux ou un père avec ses êtres aimés.
Phase 5 : La résignation. Cette phase n’est pas vu à travers le regard de l’orque mais à travers le regard de Nolan. Cette phase est importante car cela marque le point où les vies de Nolan et celle l’orque convergent. Jusqu’à la phase 4, L’orque et Nolan ont vécu le drame chacun de leur côté à différents moments de leur existence. La phase 5 est d’une certaine manière la phase où est restée bloquée Nolan. Nolan est un homme brisé qui s’est résignée. Il ne va plus de l’avant et sa vie n’a plus véritablement d’intérêt. Pareil pour l’orque qui est présenté au début du film comme un animal qui a qu’une seule compagne durant toute sa vie. Tout comme Nolan qui n’aura jamais refait sa vie à la suite de la perte de sa famille.
Phase 6 : L’acceptation. Que cela soit l’orque ou Nolan, tout deux vont rester plus ou moins bloqués dans la phase 5 jusqu’à la fin. Toutefois, on peut parler de la phase de l’acceptation au moment où Nolan va prendre conscience qu’il doit assumer les conséquences de ses actes en partant en mer pour chasser l’orque. Quelque part, c’est le moyen qu’il a d’enfin prendre les bonnes décisions et d’accepter et d’assumer son rôle dans l’histoire même si cela veut dire, « aller vers la mort ». C’est pour lui le chemin qui va l’amener vers la phase de « La Reconstruction ».
ATTENTION SPOIL : NE PAS LIRE CE QUI SUIT !
Phase 7 : La reconstruction. Cette phase ne sera jamais atteinte ni par Nolan, ni par l’orque.
Le film se termine par la mort de Nolan qui d’une certaine manière va vers une mort inéluctable quand il décide d’aller sur la banquise. Cela marque le moment où Nolan accepte enfin totalement son sort et c’est pour lui une forme de pardon vis-à-vis de l’orque et aussi une libération pour lui. Libérer de son fardeau et toute sa culpabilité envers sa famille et envers l’orque.
Quant à l’orque, pour lui une fois son devoir accompli, il ne peut se résoudre comme Nolan à vivre résigner et triste. L’orque préfère plonger sous la banquise vers une mort certaine.
On peut interpréter cette scène de suicide de plusieurs manières.
Plonger sous la banquise peut se voir comme une décente vers l’obscurité des abîmes. Celles dont on ne revient jamais comme cette tristesse infinie que l’on ne peut jamais véritablement surmontée après la perte de sa famille.
On peut analyser cette scène comme une forme de « devoir accompli ». L’orque meurt au moment où il perd sa famille car il n’a plus aucune utilité d’un point de vue de la nature et de la communauté des orques. Il n’a plus aucun lien avec la vie. Une fois, sa mission accomplie, il ne lui reste plus qu’à se laisser mourir et restaurer une forme d’équilibre.
Le film est donc extrêmement chargé en émotion et pour servir ce propos, c’est Ennio Morricone qui se charge de la musique. C’est une superbe partition chargée de mélancholie et de tristesse qui rajoute à la poésie du film.
Que rajouter de plus après une critique déjà très (trop) longue ?
C’est un film magnifique poétique. Ce n’est pas un chef d’œuvre car il a quand même des défauts que je n’ai pas forcément envie d’aborder tant le message du film est plus fort que les quelques défauts liés à la technique ou l’histoire. Par contre, c’est un modèle du genre en termes d’émotion et de psychologie.
Ma note, 16/20 pour l’émotion, les thèmes abordés et la musique.
Un film absolument à voir et à revoir.

lacasadejohn
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le 5 avr. 2021

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