C’est l’histoire d’une femme forte, rebelle, indépendante. Mais aussi une femme un peu snob, un peu fleur bleue, un peu fragile. Qui vit ses contradictions au rythme de ses désillusions amoureuses.
Tout commence par un chagrin d’amour et un mariage de revanche avec un homme qu’elle n’aime pas, et qui ne l’aime pas. Elle aura le titre, lui l’argent, et ensuite chacun fait ce qu’il veut. Un arrangement apparemment bien commode, mais qui lui laisse en fait un goût amer de femme délaissée (et une syphilis en bonus).
Qu’à cela ne tienne, elle prend le buffle par les cornes et brave tous les interdits de son statut et de son sexe pour continuer à vivre pleinement et à se rendre utile. Elle dirige sa plantation de café d’une main de maître et fait mentir ceux qui n’y croyaient pas, elle partage les tâches de ses hommes toute la journée comme si elle était l’une d’eux, elle s’occupe de la tribu de Kikuyu qui vit sur ses terres en leur apportant des soins médicaux et une école (certes dans le plus pur rôle colonisateur de la femme providentielle blanche qui vient apprendre la vie aux pauvres noirs, mais c’est l’époque), elle traverse même la brousse à cheval, affronte les bêtes sauvages et dort à la belle étoile pour rejoindre son mari à l’autre bout du pays. Et pour ne pas s’ennuyer, elle s’entoure d’amis, exclusivement des hommes (hormis la jeune Felicity), avec qui elle dîne, converse, flirte librement.
C’est une femme libre, mais qui en réalité ne veut pas l’être, en tout cas pas en amour. Elle cherche passionnément celui qui refera d’elle « sa femme ». Pas par souci du qu’en dira-t-on, non, mais parce qu’elle veut posséder et être possédée, elle veut être la partie d’un tout, elle ne peut être elle-même qu’en étant celle d’un autre. Et quand elle croit l’avoir trouvé avec Denys, avec qui elle vit une passion dévorante, c’est pour finalement se heurter à son désir d’indépendance à lui, à son attachement à la liberté, plus fort, plus entier que le sien. Elle ne supportait déjà pas les absences répétées de son mari, elle souffre encore plus de celles de son amant. A trop vouloir le retenir, elle finira par le perdre, et devra reconnaître à regrets : « He was not ours, he was not mine ».
Jusqu’à la fin, elle aura ce mélange de dignité suprême, de force inébranlable dans la tempête (une des scènes finales est magnifique : elle est seule dans sa maison vide, en train de dîner sur 2 caisses, comme si tout cela avait finalement peu d’importance) et de tristesse profonde due à un sentiment permanent d’abandon. Et c'est bien ce personnage de femme complexe, magnifiquement incarnée par Meryl Streep -qui semble être née pour tenir ces rôles-là-, que j'ai préféré dans le film de Sydney Pollack.