Ce film est constitué de quatre saynètes ou sketches dont l’objectif commun consiste à démontrer la difficulté d’aimer, le caractère éphémère du bonheur qu’il faut savoir saisir au vol et doit être profité, avec cette contrainte à l’esprit. Il ouvre avec les réflexions d’un cinéaste (M. John Malcovitch) dans un vol aérien sur son processus créatif, entre deux films). Ces quatre saynètes sont tournées dans des villes différentes, incarnées par quatre actrices différentes.
Dans la première, à Ferrare, en Emilie-Romagne, un jeune homme brûle (M. Kim Rossi-Stuart) brûle d’amour pour une jeune femme (Mme Ineè Sastre, initialement mannequin). Si leur union relève de la douceur et de la sensualité, elle refuse de véritablement la consommer, si bien que son compagnon la quitte, cette relation se terminant par une longue observation mutuelle de la fenêtre de la chambre, lui, de la rue, s’apprêtant à s’en aller.
Dans la deuxième, à Portofini, village balnéaire coloré en pentes, tout en escaliers, sur la côte de Ligurie, le cinéaste vu à l’ouverture du film croise une jeune femme qui lui tape dans l’œil (Mme Sophie Marceau). Il la suit et s’aperçoit qu’elle est vendeuse de chaussures. Malgré une entrée en matière un peu froide, elle se laisse convaincre par l’idée de faire connaissance. A la terrasse d’un café, elle lui confie être sortie de prison pour le meurtre de son père et tenter une renaissance sociale. Lui étant en quête d’inspiration pour son prochain film, cette recherche existentielle les amène à partager une scène d’amour, à l’érotisme assumé de part et d’autres. Peu après, il doit repartir pour les besoins de son travail. Elle reste, nue et méditative, dans la chambre.
Dans la troisième, à Paris, une femme bourgeoise d’apparence intellectuelle (Mme Fanny Ardant) dépérit de l’adultère réitéré et presque ouvertement assumé de son mari. Tombée dans l’alcoolisme, elle le quitte et cherche un appartement. Elle se présente pour en visiter un. Or, le propriétaire (M. Jean Reno) vient de le découvrir complètement vidé par son épouse qui vient de le quitter, alors qu’il n’était évidemment pas au courant de sa mise en vente ou location. Ils discourent de leurs malentendus amoureux, une forme de tendresse semblant commencer à les unir.
Dans la quatrième et conclusive, à Aix-en-Provence, un jeune homme (M. Vincent Perez) suit une jeune femme aussi belle que mystérieusement mutique (Mme Irène Jacob). Leurs déambulations les amènent à l’église, où il l’observe prier. Ils discutent du sens de l’existence et de l’amour, et lui ne comprend pas pourquoi ses propos paraissent tous aussi énigmatiques. Au seuil de sa propre porte, elle lui annonce qu’ils ne peuvent pas se revoir, car elle s’apprête à rentrer dans les ordres.
Une conversation, une rencontre fortuite, une scène d’amour générée au hasard, des préliminaires réitérés mais sans suite constituent autant de menus moments de bonheur qu’il est nécessaire de saisir au vol, pour apprendre à s’en contenter quand ils se présentent. Cette philosophie n’est pas sans charme.
J’ai été séduit par le traitement de l’idée selon laquelle le bonheur représente un état de bien-être furtif qu’il est nécessaire de savoir saisir pour pouvoir pleinement en profiter. Ce thème est ici décliné au sujet de l’amour par quatre rencontres fortuites, qui en toutes en commun de montrer la sensibilité de personnes fragilisées par les malentendus subits dans leur existence. L’incommunicabilité est retrouvée ici, traitée avec sensualité et douceur.
Probablement ne s’agit-il pas du film le plus brillant de ce réalisateur assez exigeant, mais il m’est apparu lumineux, clair dans le propos et pouvant offrir une porte d’entrée dans le monde singulier de Michelangelo Antonioni.