Nul n'est besoin d'avoir vu Risky Business pour avoir en tête la scène où Tom Cruise, simplement vêtu d'une chemise et d'un slip blanc, se déchaîne en play-back sur Old Time Rock and Roll. La notoriété de la scène a dépassé celle du film et on se demande aujourd'hui si celui-ci ne serait pas complètement tombé aux oubliettes s'il n'avait offert au jeune Tom son premier grand rôle.
Toutefois cela en dit davantage sur l'immense star qu'est Tom Cruise que sur la qualité intrinsèque du film. Si ce qui a traversé le temps c'est l'acte de naissance de l'acteur, ce n'est pas parce que le film est insignifiant, mais bien parce que Tom Cruise est de ces talents rares qu'on ne voit qu'une fois par génération. Lorsqu'il déboule dans l'embrasure des portes du salon figurant un cadre vide, au terme d'une glissade qui passera à la postérité, on ne peut aujourd'hui qu'y voir l'avènement de la plus grande star de cinéma de ces cinquante dernières années. Loin d'être ridicule (ce qui était sûrement l'effet recherché), le jeune homme, en alliant grâce et puissance, exerce une fascination qui participe à expliquer la marque indélébile que ces quelques secondes laisseront dans la pop culture.
Pourtant Risky business n'est pas que le véhicule de l’avènement d'une superstar. C'est d'abord un teen movie atypique qui frappe par son ambivalence et son cynisme. Reprenant une bonne partie des codes et des schémas habituels du genre, Paul Brickman livre une oeuvre sombre sur une Amérique dont les idéaux et les valeurs ont définitivement été oblitérés par l'argent roi et le capitalisme forcené des "années fric". A tel point qu'on est en droit de se demander si ce qui a condamné le film à un relatif oubli, ce n'est pas sa brutale honnêteté, ce refus d'une pointe d'optimisme, ce constat que passer à l'âge adulte c'est abandonner, en même temps que son innocence, ses dernières illusions.
Un fils de bonne famille (Joel Goodson, littéralement "bon fils"), pas forcément brillant, un peu prude, peinant à s'extirper d'un carcan parental oppressant (la brillante idée de la caméra subjective) va, le temps d'une semaine, s'amouracher d'une prostituée jeune et désinvolte, et abandonner son costume de lycéen studieux pour endosser celui de souteneur. Cette métamorphose si totale (symbolisée par les fameuses Rayban) donne au film l'allure et la force d'une fable immorale. Au détriment, il est vrai, d'une certaine subtilité. Cela dit, ce coup de crayon un peu épais ne gâche pas le visionnage d'un film qui a bien mieux vieilli que la plupart des succès de la décennie. La sublime Rebecca de Mornay l'habite avec une grâce vénéneuse et une élégance intemporelle ; son personnage froid et calculateur agissant comme le parfait pendant à la naïveté du héros avant d'effectivement le "contaminer". A l'heure de l'épilogue, c'est un nivellement par le cynisme qui s'opère, au terme d'un film où il aura été davantage question de sexe que d'amour, de monnaie sonnante et trébuchante que d'accomplissement de soi. Une oeuvre certainement trop sombre pour trouver sa place, pourtant méritée, au panthéon des teen movies.

SofianeShl
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Les meilleurs films avec Tom Cruise

Créée

le 28 déc. 2018

Critique lue 328 fois

SofianeShl

Écrit par

Critique lue 328 fois

1

D'autres avis sur Risky Business

Risky Business

Risky Business

6

Truman-

1095 critiques

Critique de Risky Business par Truman-

Un Teen Movie des années 80 avec une Rebecca De Mornay excellente et un Tom Cruise bien jeune qui va malgré lui devenir un proxénète pour racheter la voiture de ses parents qu'il a envoyé dans un...

le 31 juil. 2013

Risky Business

Risky Business

6

SimplySmackkk

1153 critiques

Chaud business

Risky Business est le premier rôle important de Tom Cruise, son premier succès. Il faut avouer qu’il se démène assez bien dans cette comédie pour adolescents. Joël Goodson est un lycéen sans...

le 17 juin 2019

Risky Business

Risky Business

9

Alban_Jorda

17 critiques

Tu sais que t'as été en prépa...

Dieu que c'est juste, simple et que ça fait du bien ! Si tu n'étais pas assez "cool" pour pouvoir mener de front tes études tout en satisfaisant les étranges besoins que ton corps réclamait à...

le 11 mars 2014

Du même critique

Stalker

Stalker

10

SofianeShl

20 critiques

C T A Л K Є P

Ce film est de ceux dont on dira qu’ils ne sont pas faciles. Cela pourtant ne veut pas dire grand-chose. On comprendra bien mieux l’essence du rapport à entretenir avec ce genre d’œuvre en disant que...

le 3 déc. 2016

Way of the Gun

Way of the Gun

6

SofianeShl

20 critiques

La voie du pistolet

McQuarrie a donné à Hollywood un de ses meilleurs scénarios. Un script si bon qu'il en aurait presque fait passer Bryan Singer pour un bon réalisateur et Kevin Spacey pour un grand acteur. Je parle...

le 4 janv. 2017

2666

2666

4

SofianeShl

20 critiques

Mirage

Rarement une oeuvre m'aura permis de mesurer à quel point mes attentes face à la littérature peuvent être éloignées de celles de la majorités de mes contemporains. 2666 m'arrivait recommandé...

le 15 janv. 2017