Avec son air doucereux et sucré, Samba (2014) Eric Toledano et Olivier Nakache joue sur la défense des sans-papiers comme l’avait fait Abdellatif Kechiche dans La faute à Voltaire (2000). Il est étonnant que le film ne présente aucune condition objective d’une telle situation. Certes, on a bien une tentative de montrer la difficulté de vie des sans-papiers mais rien de ce qui amènent les sans-papiers à venir dans d’autres pays. Le terme « sans-papiers » est d’ailleurs abusive car ces personnes ne sont pas sans-papiers déjà (ils en ont d'autres pays).
Il est donc surprenant que le film ne prenne pas en main le réel problème de ces personnes qui quittent leur patrie. Pourquoi ? Il est difficile de croire que les dirigeants de ces pays aient véritablement envie de voir leurs forces vives s’en aller dans d’autres nations pour vivre une vie de misère aidés ou non par des associations.
De même, le film n’évoque pas le dumping social que ces « sans-papiers » font subir d’une façon ou d’une autre aux travailleurs qui sont déjà là (problèmes de logements et de chômage) comme si seuls eux avaient droit à la compassion mais pas les autres. Il laisse dans l’ombre et occulte même toutes ses conditions sociales objectives, généralement opérées par des dirigeants et chefs d'entreprise pour leurs intérêts, créant une pression sociale et pouvant prendre des travailleurs moins chers que ceux qui sont déjà là dans leur propre pays avec des droits précis.
Si l'on prend le sujet, rendu ici comme un conte de fée avec métissage d’un « sans-papiers » et d’une femme dans une association, il s'agit d'effacer par le sentimentalisme ce qu’on appelait auparavant la lutte des classes. Il faut se rappeler qu’il y a 30 ans (le monde n'était pas si mondialisé), le Parti communiste français s'opposait vigoureusement à l'immigration clandestine (normal il défendait les travailleurs nationaux). A l'heure de la mondialisation, les sans-papiers ont remplacé la lutte pour les travailleurs français qui voient d'un sale œil ce dumping social qui, bien sûr, se fait sur leur dos et sur le dos des immigrés. Personne n'accepterait raisonnablement que des travailleurs sans-papiers s’infiltrent dans un pays pour x raisons au mépris des lois de ce même pays. On réalise donc l'escroquerie de ce genre de films. Le système libéral fait rentrer des travailleurs immigrés pour les exploiter à moindre coût, sapant les droits des travailleurs nationaux (chômage, acquis sociaux en baisse créant un chaos social), ce qui permet aux médias et aux « artistes » de crier au racisme grâce aux idiots utiles, ce qui n'a bien sûr rien à voir, mais permet de faire passer la pilule. Produit par la Gaumont par ailleurs, c'est-à-dire par une grosse production.
Le film n’étudie donc rien de toutes ses conditions préexistantes mais n’en reste qu’à un réel rose sucré. Il aurait fallu de meilleurs réalisateurs genre ceux de la comédie italienne des années 70 autrement féroce. Voir Affreux, sales et méchants (1976) d'Ettore Scola.