D'abord les données techniques du western qu'il ne faut pas perdre de vue.
Il est tourné en 1958 par Joseph H. Lewis, grand spécialiste de films de série B, en fin de carrière.
Le western dure 80 minutes, a été tourné en 10 jours avec un très faible budget.
Le budget est tellement faible que plusieurs scènes sont empruntées à d'autres films …
Le générique indique un nom de scénariste fantaisiste ; il s'agit en fait de Dalton Trumbo, interdit d'activité à cette époque. Un grand acteur veut bien se prêter au film, il s'agit de Sterling Hayden, lui-même en délicatesse avec la commission des affaires anti-américaines. D'autres acteurs de ce film semblent aussi dans le même cas.
Film jamais distribué en France.
Eh bien, malgré tout cela, force est de constater que le résultat est fascinant et passionnant. Personnellement, j'aime bien ce western étrange que j'ai vu à plusieurs reprises, toujours avec le même plaisir !
Les villageois de Prairie City au Texas, vivent dans la terreur d'être expulsés de leurs fermes par un certain McNail, qui a découvert secrètement que les terres sont gorgées de pétrole. Tous les moyens sont bons pour expulser les propriétaires et en cas de refus, un tueur à gages règle le problème.
Arrive un grand type, Hansen, d'origine suédoise, qui après vingt ans passés en mer à pêcher la baleine vient retrouver son père, lui-même ancien pêcheur, récemment assassiné. Il se montre têtu, veut vivre dans sa ferme et s'oppose frontalement à McNail et à son tueur.
Alors que tout la ville a peur, lui se montre intrépide et va débarrasser la ville de ces infâmes prévaricateurs.
Comme il n'a pas de révolver, c'est avec le harpon de son père qu'il va s'attaquer au tueur.
En bref, c'est l'éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer.
Mais ce qui vaut vraiment le coup dans ce western (sans aucun moyen, je le répète), ce sont les portraits des différents protagonistes, c'est la tension extrême qui baigne dans ce film qu'accompagne une musique grinçante et agaçante qui accompagne les faits et gestes du suédois Hansen.
D'abord la musique : elle repose sur des accords (toujours les mêmes) d' une guitare sèche et d'une trompette. Agaçante, elle agit comme un leitmotive, dès qu'apparaît Hansen. Et comme il apparait assez souvent, forcément…
Ensuite, le personnage Hansen qui est joué par le grand Sterling Hayden, qui dépasse d'une bonne tête tous les autres acteurs. Personnellement, avec son air buté et candide, son harpon sur l'épaule, je trouve qu'il crève l'écran dans ce film. C'est un peu le justicier que plus personne n'espérait et que tous les villageois vont finir par suivre.
Le personnage de McNail ; l'acteur est un certain Sebastian Cabot, qui est une caricature obèse du capitaliste dans toute sa splendeur : d'un cynisme et d'un mépris incroyable envers sa secrétaire (et aussi sa maîtresse hors les heures de travail) ou envers toute personne qu'il rencontre. Toujours en train de bouffer. Bref, disgusting, comme les américains disent élégamment.
Le personnage du tueur à gages, est tenu par un certain Ned Young, lui aussi en grande délicatesse avec la commission des affaires anti-américaines. Il joue le tueur à gages en fin de carrière, obligé d'accepter des tâches infâmes sous les sarcasmes humiliants de McNail, en train de bouffer bruyamment.
Et pour finir, la très belle famille mexicaine amie de Hansen dont Lewis va tirer plusieurs portraits émouvants et assez réussis.
Une scène est magnifiquement tournée et je ne résiste pas au plaisir de la décrire.
Hansen débarque à l'hôtel et se trouve à discuter, sans le savoir, avec le tueur, assassin de son père. La discussion est assez terrible puisque le tueur lui apprend cyniquement que son père est mort (sans préciser comment) mais la caméra est placée de telle sorte qu'on voit les deux protagonistes mais surtout la maîtresse du tueur au fond de la salle (elle sait, elle, ce qu'il en est) et montre un visage défait et écœuré. Hansen, une fois parti, la même caméra s'intéresse aux visages du tueur et de sa maîtresse qui s'observent en silence.
Je suis certain qu'en décortiquant le film on trouverait pas mal de défauts techniques notamment dans les transitions des scènes un peu abruptes ou certains cadrages perfectibles.
Mais, malgré l'évidente absence de moyens, malgré les difficultés liés au black listage, je trouve que Lewis a quand même réussi un petit bijou de western étrange, original et bien sympathique.
C'est compte-tenu de ces difficultés, que je mets 8 comme note à ce film qui, tout étant égal par ailleurs, devrait plutôt être à 7.