The Dark Angel
Tim Burton avec Michael Keaton, Christopher Nolan avec Christian Bale, Zack Snyder avec Ben Affleck. Batman est un des super-héros qui cumule le plus de nouvelles adaptations jonglant entre des...
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le 2 mars 2022
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[MINOR SPOILERS AHEAD]
1/10. Oui. Par où commencer tellement la déception a été immense avec ce film. Les fois où je me suis senti aussi floué et volé de mon temps se comptent sur les doigts d'une main. Le concept de base du film (vraiment de base) était intéressant, certains acteurs étaient bons, mais la réalisation et le scénario ont complètement massacré ce qui aurait pu être une oeuvre à la hauteur du Joker de Joaquin Phoenix. J'étais hyped de voir ce film étant donné toutes les critiques qui l'encensaient, et j'en viens à me demandait si j'ai bien vu le même film que tout le monde. En tout cas celui qui m'a été présenté fait passer la déception quasi-unanime du premier Suicide Squad pour un chef d'oeuvre. Pour finir avant d'entrer dans les détails, ce film n'avait aucune cohérence entre les scènes, était bourré de clichés plus nuls les uns que les autres, et je pense que la phrase que j'ai sorti le plus pendant le visionnage était "Get.To.The Fucking.Point" tellement la réalisation et le scénario sont d'une lenteur incroyable. Ce film est un cercle de torture de l'Enfer de Dante à lui seul. Faites-vous une faveur, utilisez votre temps autrement, vous ne le regretterez pas et vous ne manquerez rien. Ou alors si vous voulez regarder un Bat-nanard, regardez ceux avec George Clooney, ils sont bien plus divertissants.
Commençons par la musique.
Michael Giacchino a été la première déception. Certes, il n'est déjà pas connu pour produire des OST d'anthologie donc j'en attendais pas des miracles, mais là rien n'allait. Le volume était trop fort, les thèmes des personnages étaient bâclés - j'y reviens après - et les (rares) moments d'intensité scénaristiques sont amplement gâchés par une musique tellement cliché qu'on la croirait sortie de blockbusters patriotiques américains des années 90.
Pourquoi les thèmes des personnages étaient bâclés. Commençons par le principal, celui de Batman. Les ressemblances avec le thème conçu par Hans Zimmer sont assez troublantes pour ne pas m'étonner si ce dernier fait un procès à Giacchino pour plagiat dans les prochains jours. Clairement pompé sur celui de Zimmer, la mélodie reste pauvre en variations et en durée : une loop sur les 3 mêmes notes et qui s'arrête en plein milieu ! Imaginez le thème d'Inception qui s'arrête brusquement comme si quelqu'un avait mis pause en plein milieu avant d'enchainer sur une autre musique qui n'a strictement rien à voir en terme de ton. Oui, parce-que les différents scores dans le film n'ont strictement rien à voir, sont totalement décousus et n'ont aucun lien thématique entre eux musicalement parlant. Ce qui n'est pas étonnant puisque c'est une des caractéristiques principales du film : 0 cohérence.
Celui de Catwoman est tout aussi médiocre. Tellement qu'on le laisse passer sans y préter attention, jusqu'à ce qu'elle et Batman se retrouvent à l'écran. Et là....les violons. Et c'est pas une expression. Littéralement les violons façon capacité émotionnelle d'un Bruce Willis disant ses adieux à Liv Tyler dans Armageddon. Ridicule donc. Et comme pour le thème de Batman, ils reviennent en boucle pendant le film. Et avec le volume à fond, évidemment.
Très franchement, je serais pas étonné si Giacchino lors d'une interview sur le film arrachait son masque à la Scooby-Doo et révéler en fait Christophe Maé.
Quid des personnages et du casting.
Fort heureusement le casting était plein de bon sens, mais je n'ose pas imaginer si d'autres que Zoe Kravitz ou Paul Dano avaient interprétés leurs personnages. J'ai des frissons de terreur rien que de penser assister à ce désastre. Heureusement certains acteurs ont pu avoir l'opportunité (ou la chance) d'interpréter des personnages qui ont plus de 2 de QI. Je pense à Colin Farell en Pingouin, méconnaissable et un des seuls personnages à avoir un minimum de bon sens dans cet immense bocal de poissons rouges qu'est le Gotham de Matt Reeves. L'autre personnage à être avec une colonne vertébrale, c'est Jeffrey Wright dans le rôle de l'inspecteur Gordon. Même Paul Dano offre une performance du Riddler angoissante (et rafraichissante, on se souvient encore de Jim Carrey ><) dans la première partie du film...avant de partir en sucette à la fin.
Voilà pour les bons points des personnages.
Parlons un peu de Batman. Désolé pour Robert Pattinson, qui est décidément presque tout le temps abonné aux rôles médiocres (voir mauvais). Celui-là n'est pas différent. Nous avons donc un Batman qui se déplace en moto. Et pas une Bat-moto. On parle d'une moto rouillée, où il doit se changer à chaque fois qu'il monte dessus, au milieu de "l'action". Il ne change pas sa voix, ce qui fait que son déguisement est aussi utile que les lunettes de Clark Kent. Ca en serait comique si le film ne se prenait pas autant au sérieux. Sa batmobile : une version Mad Max de K2000 avec un peu de nitro. Une version à peine différente du taxi de Samir Nassri capable de passer à travers des cylindres de bétons de plusieurs tonnes comme une feuille d'alu (parce-que ça fait cool). Dernier point noir, le Chevalier Noir est censé être un maître de l'infiltration et de la peur, en plus d'être doué au combat à mains nues. Oubliez ça ici. Batman doit voir le Pingouin ? Pas de souci, il va toquer à la porte d'entrée du club/repaire de la pègre et s'y fraie un chemin façon Jean Reno dans Wasabi. Ca punch sec, au vu et su des milliers de personnes qui sont en train de danser sur de la techno. Maitre du combat à mains nues ? Il sait puncher. C'est à peu près tout. Lever ses pieds ? Impossible à cause de ses bottes cloutées façon ado gothique dont le poids est augmenté pour préférer des entrées dramatiques façon Jurassic Park (adieu la furtivité et la crédibilité, définitivement). Ah et l'utilisation des gadgets fétiches de Batman, il faut l'oublier. Il y a bien le grappin, et un pauvre batarang qui ressemble plus à un couteau de survie qu'autre chose. Oubliez les bombes de fumée et les trackers gps (ça aurait écourter le film s'il en avait à disposition).
Quid de Bruce Wayne. Le grand absent du film. C'est un Bruce Wayne torturé, reclu dans sa tour Wayne, qui refuse rencontrer jusqu'aux comptables de sa boite qui cherchent à lui dire qu'il est proche de la banqueroute. En soi ça aurait pu être intéressant, s'il n'avait pas la maturité émotionnelle d'un enfant de 10 ans, tout-le-long-des-2h-de-film. Il est censé avoir 28-30 ans, et pourtant il se comporte comme un ado en permanence. Vous vous souvenez de Tobey Maguire dans Spider-Man 3 en mode dark émo ? C'est exactement Bruce Wayne dans ce film. Et bien sûr l'épitome de la personne triste et torturée : la mèche qui tombe sur le visage et le maquillage noir autour des yeux qui coule pour rappeler les larmes. On est à un concert d'Evanescence ou en train de regarder Batman ?
Alfred, joué par Andy Serkis, était décevant au possible. Il aurait pu ne pas être là, ça aurait été pareil. Le personnage est tellement creux qu'il n'y a rien à dire sur lui, c'est dire.
Catwoman...oh.my.god. Vous vous souvenez de l'époque où Catwoman était vive d'esprit, séductrice et une véritable gentlewoman cambrioleuse qui retourne les coeurs les plus endurcis ? Oubliez-la, ce n'est pas le pitch ici. On à affaire à une cambrioleuse de base, on oublie le haut-vol, accompagnée de lignes de dialogue clichés, un costume avec une cagoule qui fait penser aux low-cost cosplays qu'on voit en memes sur les réseaux sociaux et surtout négligente à souhait. Elle se change en catwoman dans son appart, avec sa coloc qui bosse pour le Pingouin dans la pièce d'à côté, le tout sans rideaux à la fenêtre, ce qui permet à Batman (et n'importe qui dans l'immeuble d'en face donc) de l'observer - et de se rincer abondamment l'oeil au passage. Male gaze much. En parlant de male gaze, à chaque fois que Zoe Kravitz apparait à l'écran, elle est en tenue qui accentue bien ses courbes et roule des hanches en marchant. Vraiment, elle a une démarche de personnage féminin de jeu vidéo, mais le genre cliché bourré de fan-service.
Le Riddler était bien perturbant pour le coup. Un bon gros psychopathe qui met mal à l'aise, et loin d'être idiot. Enfin, toute proportion gardée étant donnée la stupidité des autres personnages...
En tout cas Paul Dano livrait une bonne performance jusqu'à la deuxième partie du film, où un subplot se découvre et qu'il soit enfermé à Arkham. Une scène en particulier où il se met à crier comme un dérangé, rompant complètement avec son calme froid d'avant. Une scène longue et malaisante, mais du même genre de malaise. On sait qu'il est dérangé, on vient de passe 1h30 de film à le voir que c'est cliniquement un psychopathe, pas besoin de le faire hurler pendant 5 minutes ininterrompues.
Pour le reste, en vrac :
- Les énigmes du Riddler sont basiques, les dialogues ne sont pas recherchés ni travaillés et dans la droite lignée de ceux du film Le Dernier Maitre de l'Air. Quelques éléments de politiquement correct et de "wokisme" sont introduits, ce qui est bien en soi (c'est toujours bien de rappeler à Bruce que c'est un homme blanc milliardaire privilégié et que oui, c'est un orphelin, mais que faire ouin-ouin pendant 20 ans d'apitoiement c'est ridicule), mais c'est parachuté sans aucune cohérence. On dirait que les producteurs de la Warner ont lu le scénario et ont demandé aux scénaristes de saupoudrer tout ça avec un peu de wokisme supplémentaire, quitte à ce que ça fasse forcé.
- La dernière partie du film n'en finit par de finir. Et je parle pas des 17 fins du Seigneur des Anneaux, je parle d'un enchainement de McGuffins à en faire pâlir d'envie un JJ Abrams lors de la réalisation d'épisode IX de Star Wars. Jamais ça s'arrête, chaque scène devient encore plus décousue du reste du film que la précédente, au point où on a l'impression que Matt Reeves a meubler 45 minutes de film avec les scènes qu'il avait jeté auparavant, essayant des les arranger tant bien que mal pour faire tenir le film dans un format de 2h.
- Le film était long. Bien trop long. Et ennuyeux. Que ce soit les dialogues, mais aussi les scènes de réflexion et de suspens où chaque micro-mouvement est filmé. On s'en fout de comment la main de Batman entre la cage pour arracher la lettre du Riddler, de comment elle se retourne à l'intérieur, de comment ses doigts bougent. Est-ce que ça sert un but ? Est-ce qu'il va se passer quelque chose ? Non. On regarde Batman, pas de la danse moderne sur Arte à 2h du matin. Si on enlève toutes les scènes qui ne font pas avancer l'histoire, et qu'on accélère un chouilla les réflexions des personnages (rien d'insurmontable, quand le public a compris le plot au bout de 20 minutes de film et que les personnages mettent 1h à rattraper le train grâce littéralement à un Pingouin qui leur explique qu'ils sont débiles c'est qu'on peut accélérer le rythme de l'histoire sans problème), alors on arrive à un court-métrage de 20 minutes, étiré sur 2h. Peter Jackson et sa trilogie du Hobbit sont détrônés.
Bref, comme direz Gandalf : fuyez, pauvres fous !
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le 2 mars 2022
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