William Oldroyd parvient à distiller progressivement au spectateur le malaise de son héroïne et choisit de présenter l'univers victorien sous l'angle corseté de l'enfermement et de la pesanteur sociale. ("Ces gens sont lourds..." disait LF Céline). La sophistication de la narration laisse la place à une mécanique qui, cran par cran, emporte les protagonistes vers une issue que l'on pressent très sombre.
Oldroyd montre bien comment la cruauté traverse les classes sociales, sert d'exécutoire et comment les personnages se la transmettent de main en main, afin de compenser le poids d'une frustration profonde et entretenue que l'héroïne, elle, va refuser.
Pourtant, je ne trouve par que le réalisateur ait réussi à partir de cette situation à toucher au grandiose et à la vie qui émane des véritables tragédies. Cela reste un petit drame, clos et attendu. Il n'y a pas non plus la folie criminelle des Bonnes de Genet.
L'absence de profondeur psychologique des personnages, et notamment de la jeune femme a certainement été voulu par le réalisateur. Elle renforce effectivement le côté mécanique et inéluctable de l'histoire. Mais je trouve qu'Oldroyd s'est arrêté en chemin. Il fallait soit l'outrer d'avantage, soit l'abandonner totalement. J'ai ainsi trouvé que les plans de la jeune femme assise et immobile qui revenaient scander la narration étaient de trop car répétitifs et attendus.
Les quelques bonnes surprises : la voix roque de cette jeune actrice, l'amour sauvage qui nait et se noue autour d'un crime (je crois y voir une constante du sentiment amoureux), et ce chat atroce qui tel Béhémoth se faufile dans quelques plans comme un lourd symbole.
Ma note est basse et subjective. Elle tient surtout compte de l'état dans lequel je me suis trouvé en sortant respirer dans la rue ma première bouffée d’oxygène après la projection. Je n'étais ni bouleversé, ni écoeuré ; mes chakras ne s'étaient pas ouverts. Simplement agacé.