Si vous avez joué à un des jeux du studio Hopoo Games vous reconnaitrez sans doute la patte musicale de Chris Christodoulou, compositeur talentueux grâce auquel j’ai découvert Earthling Priorities via les 3 morceaux postés sur son site. Les titres comme « Rise (and Shine ) of the Proletariat » annonçait la couleur pour le thème du jeu.
Avant de lire ce petit papier, sachez que je vais dévoiler l’intrigue du jeu (son originalité) et révéler le twist final pour en parler brièvement. Le jeu est très court, moins de 30min, donc vous n’avez aucune excuse pour ne pas vous pencher dessus.
La partie commence dans la peau d’un honnête travailleur dans une ville de 2052 bâtie avec des gros pixels mais qu’importe. Notre personnage cherche à se rendre à l’usine mais deux obstacles majeurs vont se dresser sur sa route. Sa porte gérée par une IA ( qui a acquis une conscience) l’empêche de se faire exploiter par son patron en l’enfermant chez lui.
On cherche alors à sortir par tout les moyens grâce aux divers objets et interactions dispersés dans notre appartement. Les mécaniques de jeu sont connues, du point n’click classique ou l’on essaye différentes combinaisons, aidés par des indices disséminés dans les monologues et dialogues.
Notamment le dialogue à choix multiples avec la Porte qui après avoir expliqué pourquoi on ne devrait pas aller au travail, nous laisse passer, las de notre obstination.
Mais maintenant que nous sommes aux abords de l’usine, sapés comme un patron, on doit faire face à la foule de travailleurs en grève qui engendre le mépris de notre perso et inversement. On établit ainsi une stratégie faisant fi de la dignité pour nous rendre dans l’usine par la porte de derrière.
Notre « héros » tout d’abord flatté et honoré par les compliments, heureux de faire partie de la grande famille de l’usine finit par se retrouver devant son patron complètement nu et prêt à festoyer. Le ridicule constitue le point d’orgue de l’intrigue, cela avant de se retrouver devant le générique qui aborde fièrement un « You win » accompagné de feux d’artifices. Message qui se transforme en « You Cretin », twist qui donne raison à la porte et aux grèvistes, ridiculisant au passage les efforts du joueur pour accomplir l’objectif qu’il avait compris.
A travers cette petite surprise, le jeu questionne selon moi le rapport d’obéissance du joueur par rapport à l’œuvre ludique. Ne devrait-on pas pouvoir se laisser convaincre par les arguments de la porte qui prône une forme de lutte des classes ou bien rejoindre nos camarades en grève. Le ridicule des différentes situations renforce cette idée et j’ai ainsi cherché une fin alternative en vain. La porte infranchissable sans faire ce que le système de jeu attend je me suis résigné.
Dire que c’est un jeu politiquement engagé serait enfoncer une porte déjà bien ouverte. Mais il me parait quand même important de notifier l’intelligence de la mise en scène ainsi que l’importance des mécaniques ludiques dans le consentement du joueur. Le support d’expression utilisé est ainsi complètement justifié et indispensable ce qui est assez rare pour être souligné. Les différentes critiques composant le titre en sont d’autant plus clair.
Bravo à toute la dev’ team : http://earthlingpriorities.demigiant.com/