Il n’y a pas grand-chose qui ressemble à Animal Well. Son ambiance onirique, son univers absurde, son ton déstabilisant, ses propositions ludiques…
Je suis bien content d’avoir fait ce jeu, et je m’en souviendrai longtemps. Mais je suis également heureux de l’avoir terminé, et je dois avouer que le plaisir parfois mitigé que j’ai ressenti en traversant cette expérience ne me donne pas envie de continuer à m’y attarder.
Il y a un truc avec cette œuvre. Un truc qui te hante. D’abord, c’est quoi l’animal well ? Le monde des morts pour les animaux ? Le rêve d’un fou ? Rien ne fait sens ici bas. Des souris emprisonnent des chats dans des cages suspendues, une autruche nous pourchasse en roulant dans une roue de hamster, un chien étire son cou pour mieux nous croquer, nous, une petite boule insignifiante qui ne ressemble pourtant à rien. On explose des parois de caverne à coup de TNT, on se téléporte un peu partout en pénétrant la bouche d’animaux sans vie, et on sauvegarde sa progression en répondant au téléphone parce que pourquoi pas.
Ce jeu est insaisissable dans ce qu’il cherche à faire ressentir. Il est parfois mystérieux, parfois drôle, et souvent les deux à la fois.
La marginalité de sa proposition ne se retranscrit pas seulement au travers du monde qu’il dépeint, mais également de par les mécaniques qu’il met en place. Animal Well est, pour le dire grossièrement, un metroidvania. On explore le monde et on découvre de nouvelles capacités qui vont nous permettre de nous rendre dans des lieux qui nous étaient auparavant inaccessibles. Mais ici, c’est plus la réflexion que l’action qui est mise en avant. On se tournera donc plus vers Toki Tori 2 que vers Metroid ou Hollow Knight si l’on cherche une référence pour comparer.
Mais la vraie touche d'innovation vient bien des outils qui nous sont offerts pour explorer ce monde. On nous donne un yoyo, un frisbee, une baguette à bulles ou encore un petit jouet à ressort. Non seulement la présentation est originale, mais la façon dont ces objets vont nous permettre d’interagir avec l’environnement l’est également. En lançant par exemple notre frisbee contre un mur et en sautant dessus au bon moment lorsque celui-ci revient vers nous, on pourra de cette manière traverser de grandes distances en tournoyant sur notre petit disque. Il n’y a pas à dire, Animal Well est un jeu qui tente beaucoup de choses, qui expérimente, et pour ça, j’ai un respect immense pour Billy Basso, le créateur du jeu. Mais forcément, à tenter des choses que d'autres ne tentent pas, on tombe parfois dans des culs de sac ludiques.
Mon plus gros problème avec le jeu vient d’une partie de son level design et de sa manière de nous confronter à des obstacles. Parce qu’Animal Well est un puzzle platformer, il nous teste à la fois sur notre logique et notre dextérité. Un mélange dont le résultat fait rarement mouche. Souvent, face à un puzzle ou une énigme, on comprend assez rapidement ce qu’on doit faire et on doit simplement exécuter la suite d’actions pour réussir. Le problème est que la difficulté ne vient pas ici, d’une manipulation de boutons au timing particulièrement retord mais plus de la longueur de la série d’actions à faire sans se rater une seule fois, transformant la situation en un exercice d’endurance. Et la manière de sanctionner notre échec est de nous faire recommencer l’intégralité de la séquence depuis le départ. Bon.
Le résultat est que dans ces pics de difficulté, le jeu est rarement fun et simplement frustrant. Le meilleur exemple étant la séquence où l’on se fait poursuivre par une sorte de tigre fantôme. C’est éprouvant et ça fait plus souffler du nez qu’autre chose.
C’est dans ces moments là qu’une distance est mise entre moi et le jeu, et que mon plaisir se transforme en une appréciation froide pour une œuvre que je respecte sans jamais réussir à en tomber amoureux.
Malgré tout, je recommande à tout amateur de jeux indés de sauter dans ce puit aux animaux, et qui sait quelles merveilles vous y trouverez ?