Si vous aimez la médiocrité...
Vous allez adorer Arkham Origins!
Aux commandes du Batman - le fameux super-héros ultra-psychologique vachement profond qui aime faire joujou avec son grappin et grimper dans des conduits d'aération - faites le tour d'une ville dont R. Kelly chantait les louanges il y à de cela des années! Découvrez des rues dont vous connaissez déjà chaque recoin! Battez-vous contre des ennemis de troisième ordre tirés de l'univers rendu populaire par les films de Joel Schumacher! Incarnez George Clooney! Surtout ne réfléchissez pas au sentiment profond de vacuité qui s'immisce dans votre esprit quand vous aurez compris que l'on vient de vous ponctionner près de 55€ pour vous proposer une version inférieure d'un titre que vous possédez déjà!
Dans un monde plus juste, la magnifique boite en plastique vendue plein pot mentionnerait ces arguments de vente : ils sont réalistes. En l'état, il prétend que vous pourrez découvrir les origines de ce qui s'est passé à Arkham dans le jeu éponyme. Vous savez, celui qui avait eu l'excellente idée de re-dynamiser les produits dérivés vidéoludiques du Dark Knight en créant enfin un jeu à la hauteur de son mythos. Ici, au lieu d'une histoire unique créée pour souligner les qualités intrinsèques du héros aux oreilles pointues vous aurez droit à un exercice mercantile de rentabilisation de techniques de production. La ville? Ctrl+c/Ctrl+v. Le gameplay? Ctrl+c/Ctrl+v. Cette phrase? Ctrl+c/Ctrl+v. Seule nouveauté proposée par cet opus de la honte : l'idée d'un mode détective tiré de Remember Me. L'idée est très louable, d'ailleurs. Bon, on finit par se demander pourquoi Batsou a oublié ces techniques qui lui auraient été utiles par la suite; mais bon. Pourquoi réfléchir à ces points de détail si les créateurs du titre en sont incapables? Hein?
Parlons-en, d'ailleurs, des créateurs. Il est évident que ce titre de Warner Bros. Games Montréal n'est pas catastrophique pour un premier jeu. Enfin, il ne l'est plus. Le titre était buggué jusqu'à l'os pendant sa première semaine. De telle manière qu'il n'était pas impossible de perdre sa sauvegarde, tomber à travers le monde, rester bloqué dans des plates-formes. Vous savez, le genre de détails que l'on s'attend à voir dans une suite inutile à une série de qualité réalisée par un studio qui n'est tout simplement pas à la hauteur de celui qui a lancé l'affaire. Admettons aussi que confier un jeu Batman à Eric Holmes - un homme connu pour avoir fait ses dents sur Earthworm Jim 3D - était un pari ambitieux. Offrir le poste de producteur à l'un des sbires responsables du très très très bancal remake cel-shadé de Prince of Persia était aussi une décision très courageuse. Et le résultat final est à la hauteur des attentes des producteurs de Warner Bros Games : cheap et vendable par palettes entières à des fans crédules. Vous savez, ceux qui l'achèteront automatiquement sur la promesse de révélations mirifiques sur cette série qui avait eu le courage d'oser faire un jeu de qualité là où la licence suffisait d'habitude à s'assurer d'un bon volume de vente.
Le réel problème de cet Arkham Origins n'est pas seulement qu'il est dispensable - le jeu, en soi, n'est pas catastrophique, juste médiocre - mais bien qu'il rappelle le pire des jeux à licences du début du millénaire : mal fini, opportuniste, plat, une pure création capitaliste. Ce n'est qu'une pale copie pourtant conforme de ce que l'on nous avait offert à l'époque. Tel est bien le souci : jouer à ce titre-ci démontre à quel point la formule s'essouffle entre les mains d'artisans de piètre compétence. Elle rend Arkham ennuyeux et Batman anecdotique. Vous et moi savons fort bien que Rocksteady sont actuellement occupés à inventer une suite aux aventures du milliardaire. C'est naturel. Mais faut-il pour autant subir les malhabiles tentatives d'un studio dont c'est le premier jeu de créer une copie conforme du second opus? À mon avis, non. Si vous aimez la médiocrité… vous allez adorer Arkham Origins.