Hideo Kojima est un auteur adulé. Mais il est aussi décrié. Décrié pour ses jeux qui singent le cinéma. À sa série Metal Gear Solid, on peut lui reprocher ses cinématiques interminables, sa grandiloquence, ses incroyables bavardages, ses fulgurances philosophiques, ses plaisanteries potaches, son incroyable capacité à se perdre dans les plus folles digressions. À un tel point qu'on se demande où est le jeu.
Ground Zeroes est un peu la réponse cinglante à ces critiques. Court, ramassé, dense, MGSV Ground Zeroes est une démonstration de game design. Mieux, une leçon.
Après être parvenu à concilier intelligemment cinéma et jeu vidéo grâce au plan séquence (et autres astuces secondaires), Ground Zeroes déroule en moins de deux heures – format d’un film – un précis d’équilibrage parfait. Ne cédant pas à la tentation du « toujours plus », le jeu ne cherche pas à impressionner le joueur par le subterfuge des features en pagaille ou d'items à collecter pour tromper l'ennui.
En instillant des règles simples dans un espace pas trop grand, en imbriquant avec une maîtrise rare le level design du jeu à sa représentation graphique, contextuelle et même scénaristique, MGSV parvient à toucher du bout du doigt les possibilités infinies du gameplay émergent dans ce mini bac à sable. Car Ground Zeroes semble inépuisable : à jouer et à rejouer, à faire et à refaire les missions secondaires sur la même carte, on se surprend toujours à découvrir de nouvelles possibilités. On ne sait plus si l’on doit sentir la main invisible de Kojima qui aurait prévu et devancé chaque mouvement du joueur ou si le système de jeu est si robuste qu’il permet d’intégrer sans jamais faillir toutes les initiatives du joueur. La carte semble regorger de possibilités infinies, de pièges inattendus. Elle se renouvelle et répond au joueur. On regarde le compteur du jeu et voilà que le jeu de « deux heures à peine » atteint déjà la quinzaine d’heures. Le temps passe vite. Pas une pointe de lassitude.
Je ne terminerai pas cette petite critique sans parler du scénario. J’attends beaucoup de Kojima, j’espère vraiment qu’il fera ce qu’il a promis : placer son discours au-dessus de toute considération commerciale, aller dans le dur, là où ça fait mal. J’espère vraiment qu’il ne répètera pas l’erreur de MGS4, gangréné par les concessions aux joueurs. Impression étrange : Ground Zeroes me rassure sur ce point, que ce soit dans le grand thème de la torture ou dans les prémisses de la folle chute de Big Boss.