Présenter un titre aussi poétique et mélancolique qu'Ori & the Blind Forest est, à la fois aisé tant ses inspirations éclairent nos yeux déjà convaincus mais forcément assez réducteur. Quand un jeu bénéficie d'un tel soin, il mérite avant tout d'être jugé sur pièce.
Tout premier bébé de Moon Studios, l'un des nombreux mérites d'Ori est de ne pas faire dans la demi-mesure concernant la partie graphique. Et pour cause, à moins d'être d'une totale mauvaise foi, il est impossible de ne pas trouver la direction artistique absolument somptueuse.
Posez-vous 2 secondes et imaginez un mélange fou entre l'UbiArt Framework (moteur utilisé pour les récents Rayman) qui aurait été sublimé par les artistes du studio Ghibli : vous obtenez Ori & the Blind Forest.
La cinématique d'introduction, présente pour introduire la petite créature aux faux airs de Stitch (ça c'est de la référence ! ) obligée de s'aguerrir afin de sauver une forêt mourante des griffes d'un oiseau inquiétant. Cette entrée en matière magnifiée par une bande-son d'une grande justesse tout au long de l'aventure est, en elle-même, une totale réussite.
Nul besoin de dialogues, toutes les émotions sont véhiculées grâce aux animations sorties d'une production qui pourrait porter le sceau Miyazaki.
Une fois passé le stade de l'émerveillement, il est donc temps de voir si l'esthétique exceptionnelle d'Ori n'est pas qu'en fait un joli trompe-oeil quant aux réelles ambitions du jeu.
Soyons clairs, nets, précis, les mécaniques de jeu sont du même acabits. Certes, ce que nous propose n'est en rien une révolution. Pour résumer grossièrement, c'est un platformer soutenu par une progression façon Metroidvania, dans le sens où l'accès à certaines zones réclame obligatoirement l'acquisition de certains pouvoirs délivrés au joueur au fil de la progression.
L'avancée est somme toute classique mais le sentiment de maîtrise est palpable à chaque instant, grâce notamment à un level-design jamais pris à défaut, formidablement intuitif et bien conçu.
C'est précisément une fois passé les premières minutes de jeu que l'on se rend compte de la véritable exigence du gameplay. C'est aussi également tout le paradoxal d'Ori : présenter un univers enchanteur qui pourrait être la représentation visuelle d'un conte tout ce qu'il y a de plus charmant mais sacrément intransigeant la plupart du temps. Tout ce qui concerne la précision du timing lors des sauts ou le rapport aux ennemis demande une vraie implication de la part du joueur, tout en sachant ne pas tomber dans l'injustice frustrante. La difficulté se situe entre un Rayman Origins et Super Meat Boy, la possibilité offerte par Moon Studios de pouvoir placer nos propres checkpoints est une façon plus que maligne d'atténuer la complexité.
Les développeurs ont pleinement conscience d'ailleurs de la difficulté pas si habituelle que ça dans le petit monde des JV, le compteur de morts présent dans le menu en témoigne. A noter également la composante RPG via des points de compétence à utiliser assez légère mais plutôt bienvenue.
Ori & the Blind Forest est un jeu bien plus atmosphérique que narratif. L'histoire est finalement assez en retrait, son évolution est relativement classique, d'autant plus que les premières minutes de jeu sont très claires sur les objectifs à atteindre afin de sauver la forêt de Nibel.
Le focus est clairement fait sur les environnements aussi jolis que vicieux parcourus par cette petite bestiole. Les nuances de couleurs sont plus que variées, passant des teintes bleutés enivrantes rappelant légèrement la patte artistique de Trine 2 aux tonalités violettes tout aussi charmantes.
La direction artistique du jeu est louée à juste titre mais Ori étonne également d'un point de vue technique. La finesse d'animation, les effets liés au pouvoir ou aux différentes attaques des ennemis, tout cela est extrêmement joli et maîtrisé. C'est peut être ma seule petite réserve : la multitude d'effets est légèrement entachée par une caméra très reculée qui pénalise la visibilité à certains moments de tension.
Heureusement c'est très rarement problématique, preuve en est avec la première séquence de fuite lorsque l'océan nous submerge, un passage formidable en intensité qui réunit toutes les qualités déjà citées ci-dessus.
Quel dommage par contre qu'on ne puisse pas revenir arpenter ces décors somptueux une fois l'histoire terminée.
Vous l'aurez compris, Ori & the Blind Forest est un énorme coup de cœur, une expression que je n'avais plus employée depuis bien longtemps en matière de JV.
Un jeu qui marquera, tant par ses inspirations visuelles utilisées avec une élégance rare mais aussi son gameplay précis qui n'en oublie pas d'être très plaisant malgré tout.
Ori acquit sans problème le titre de premier jeu incontournable de cette année 2015 et pour preuve, le jeu fait l'unanimité et franchement, je ne serais pas capable de citer beaucoup de jeux qui se sont retrouvés dans le même cas de figure ces derniers temps...