Un bon démarrage gâché dans la pratique
Tetris est le jeu de toutes les audaces. Proposant une accroche originale (peut-être trop, tant l'esthétique donne le tournis), les premiers contacts avec le jeu sont immédiatement addictifs.
L'histoire, en quelques mots: Vous êtes Sergei, un père de famille de Minsk, et une société secrète a enlevé votre famille. Le temps joue contre vous, et votre seule solution pour espérer les revoir est de travailler pour la mafia locale, représentée pour plus de clarté par des briques, avec un système ingénieux d'une forme de brique par type de contrat effectué. Par ailleurs, Sergei collabore aussi avec la police soviétique (dans une ambiance guerre froide sans fausse pudeur) qui lui propose de passer l'éponge sur son statut croissant de malfaiteur (la réputation est chiffrée) contre quelques informations sur ses collègues, offrant ainsi à Sergei davantage de place dans sa double vie pour accepter davantage de contrats.
Mais cette course contre la montre n'a pas de pause, et l'identité masquée de la société secrète laisse le doute planer sur le rôle de Sergei dans l'équilibre mafia/police.
Ce scénario est digne des plus grands thrillers, mais là où Tetris rate son pari, c'est dans le gameplay répétitif qu'il offre au joueur. Ce détachement inhumain aux crimes commis avec chaque tuile qui tombe n'est pas sans rappeler la polémique qui déferlera sur le monde un peu plus tard avec Carmaggeddon et GTA. Et comme tant d'autres de son époque, Tetris compense un manque de souffle par une difficulté accrue sur les derniers niveaux, si dantesques qu'ils en deviennent ridicules et on perd franchement un peu de vue le scénario à un certain point, annulant dans la manoeuvre les efforts fournis pour en faire un résultat poignant.
Le gameplay décoit donc dans la pratique, et c'est bien dommage, car les symboles employés sont forts et le rythme imposé au départ est vraiment étouffant. Ce jeu a néanmoins marqué toute une époque et est à lire de toute urgence, au moins pour comprendre l'argument de la violence qui s'impose dans tous les débats qui entourent le jeu vidéo.