Jacques Lacarrière nous présente là un texte très intéressant sur une époque lointaine (IIe siècle), début, semble-t-il, des gnostiques et de leurs sectes.
Difficile de trouver les textes des gnostiques, nous explique l'auteur. Certainement à cause de l'Eglise, ne voulant pas de concurrence, ne laissant pour choix à la plupart de ces homme que je nommerais presque d'"alter-religieux", que de procéder à la transmission de leur philosophie à l'oral.
L'on apprend beaucoup sur cette époque dans ce petit livre, qui se veut dense et presque poétique je dirais. La passion de l'auteur est certaine, et l'ouvrage certainement des plus rigoureux et difficile à composer. Toujours est-il que ces gnostiques sont ici présentés comme les "premiers Révoltés de l'histoire de monde".
Je ne peux me passer de citer un passage savoureux, qui exprime semble-t-il une certaine devise des gnostiques :
"C'est la première, non formulée, des lois d'aliénation et il faut la connaître : ce à quoi on dit NON n'est jamais l'ennemi véritable, mais l'ombre qu'il projette en nous et sur nous."
Car ces gnostiques ont chacun leur manière de vivre la gnose, qui est définie ici par l'anti quelque chose :
"Mais la gnose, justement, n'est pas cela : un amalgame de systèmes hâtivement syncrétisés. Elle est, une fois combinés, fusionnés ces constituants premiers, une substance neuve, une pensée mutante, une création qui, une fois surgie, les dépasse et les nie. Au point qu'elle n'hésite pas, pour aller au bout de son histoire, à se nier elle-même."
Alors pour les gnostiques, le Dieu véritable, le seul, qui est après le 7e cercle du ciel (c'est-à-dire au-delà de Saturne), il représente l'éternel retour vers lequel ils tendent. Et l'homme dans tout ça ? Il n'est qu'une erreur d'un Eon, d'un Démiurge. Il est vu à l'opposé des Chrétiens. D'où, l'on imagine bien, la pression qu'ont pu subir ces adeptes de la Gnose à leur époque.
On apprend aussi que l'un des fiefs de l'histoire des gnostique fut Alexandrie, où ils pouvaient se développer en sectes (de parfois plus de 100 représentants). Et ils s'adonnaient justement aux interdits, comme le sexe, l'alcool, les drogues pour la transe... Car quitte à n'être qu'une erreur, un rebus aux yeux de ce Dieu vénéré, ce Tout-Lumière, il faut justement vaincre le mal en le consumant dans l'acte. Pour les Chrétiens c'était là hérésie, Alors que pour les gnostiques, ce n'était là qu'ascèse.
Etre gnostique, c'est refuser l'institution sous toutes ses formes, car elles ne sont que des formulations humaines. Là aussi, l'Eglise semblait apprécier ce défi. Et s'il fallait brûler sur le bûcher pour rester en accord avec sa manière de vivre le Gnose, soit, qu'il en soit ainsi !
Ce texte est un peu flou, car il apparaît difficile de trouver de réels écrits des gnostiques, tellement rares, tellement supprimés par l'Eglise... Mais ce texte est riche à nous immerger dans une époque, un monde qui finalement nous paraît, quelque part, pas si lointain de notre époque.
Pour les curieux de philosophie, de l'histoire des religions, et de la raison, ce livre ne pourra que vous intéresser.