Dans un livre rafraîchissant et pédagogique, Thomas Guénolé bat en brèche tous les mensonges propagés depuis plus de trente ans par les “experts” et les médias de masse pour faire accepter aux citoyens le démantèlement de l’État social au nom de l’adaptation à la mondialisation et à la “modernité”. Le politologue insoumis souligne que l’Antisocial, qui se présente sous les traits d’une modernisation du système – certes douloureuse pour les plus faibles mais prétendument inévitable – constitue en réalité « un puissant mouvement en marche arrière ». La retraite à 60 ans serait archaïque ? Son passage à 65 ans nous ramènerait pourtant à la situation qui prévalait en 1910. L’uberisation est un phénomène nouveau caractéristique du XXIe siècle ? La situation des auto-entrepreneurs de ces plateformes numériques nous renvoie étrangement à celle des ouvriers de la fin du XIXe siècle payés à la tâche. Le monopole d’État de la SNCF serait dépassé dans une économie moderne ouverte à la concurrence internationale ? Le retour à plusieurs compagnies privées nous ramènerait à la situation d’avant 1936. Léon Walras, économiste libéral du XIXe siècle pourtant apôtre de la concurrence, rappelait d’ailleurs que c’était justement dans le secteur du rail que celle-ci ne devait pas s’appliquer.
Fonctionnaires, chômeurs, syndicats, immigrés, impôts, il serait trop long d’évoquer toutes les idées ébranlées par le livre. Thomas Guénolé montre comment l’importation dans l’hôpital de méthodes issues du privé, comme la tarification à l’acte, a réussi l’exploit de faire passer notre système de santé de la première place mondiale en 2000, selon l’Organisation mondiale de la santé, à la quinzième place, mettant un tiers du personnel soignant en situation de burn-out… En réponse à ceux qui soutiennent que les chômeurs ne cherchent pas de travail, l’ouvrage rappelle également que le chômage entraîne la mort de 10 000 à 20 000 personnes par an et qu’il y a 47 fois plus de chômeurs que d’offres d’emploi non-pourvues faute de candidat. On pourra toujours reprocher à l’auteur de ne parler qu’aux convaincus ou encore critiquer certains chapitres, comme celui sur l’éducation où la baisse du niveau scolaire pourtant établie par différentes études est plus ou moins niée. Il reste que le livre, extrêmement documenté, constitue une véritable arme intellectuelle pour quiconque ne se résignant pas au macronisme ambiant et pensant qu’il existe une alternative à l’Antisocial.