On a pu apprécier dans le passé les talents de nouvelliste de l'irlandaise Claire Keegan. Sous des dehors de conte de Noël, son dernier livre, Ce genre de petites choses, traduit en français avant même de paraître outre-Manche, possède des qualités de justesse, de précision et d'émotion discrète qui sont la marque de l'écrivaine. Ce récit, longue nouvelle ou court roman, comme l'on voudra, met en scène un brave homme, heureux en famille avec son épouse et ses 5 filles, et qui connait la réussite professionnelle avec sa petite entreprise de livraison de bois et de charbon. Un bonheur qui ne l'empêche pas de ressentir la misère qui règne autour de lui, dans l'Irlande de 1985, ni d'oublier ses origines, avec une mère qui l'a eu avant ses 16 ans. Sa bonté et son altruisme vont être mis à rude épreuve quand il va découvrir le sort réservé à des jeunes filles "hébergées" dans un couvent à proximité. Claire Keegan fait là référence à un "scandale" irlandais, celui des couvents (ou blanchisseries) de la Madeleine qui exploitèrent pendant des années le travail d'adolescentes, dans des conditions déplorables, jusqu'à la fermeture de ces établissements en 1996, sous prétexte de rééduquer des "filles perdues." Le sujet a été magnifiquement traité par Peter Mullan, dans son film datant de 2002, The Magdalene Sisters. Délicat et pudique, Ce genre de petites choses évite le misérabilisme ou le sentimentalisme par un style simple et délicat, tout empli d'humanité. Le dénouement, ouvert, et la brièveté du récit laissent un minuscule sentiment de frustration mais ne gâchent en rien l'impression générale, conforme aux écrits précédents de Claire Keegan.