Roman de Jean-Paul Malaval publié en 1996. Corrézien lui-même, il situe l'action de son roman dans la campagne corrézienne.
Il met en scène deux personnages très différents dans les années qui suivent la guerre de 14-18.
Le premier, Léon Goursat, unique survivant d'une fratrie tombée au front veut reprendre les affaires de la ferme. Mais le père qui a, patiemment, hectare après hectare, agrandi le domaine, ne voyait guère que l'ainé de ses fils, capable de reprendre l'affaire. Pas Léon. D'autant que Léon s'est marié, contre son gré, à une femme Emma qui ne rêve que de quitter la terre pour aller vivre en ville. Devant le mépris marqué du père, Léon et Emma n'ont d'autre choix que de partir. Mais, au lieu d'être maître chez soi à la campagne, on n'est plus à la ville que salarié d'un patron qui n'a guère de considération pour l'ancien combattant et sa femme …
Le second, Marcellin Bascompt est de retour d'Algérie où il a passé de fructueuses années à s'enrichir comme colon. De retour en Corrèze dès avant guerre, il a réinvesti sa fortune dans une grande propriété qu'il a mis en fermage de sorte à profiter de la vie et des plaisirs que la proche ville, Brive, peut lui procurer. Bien entendu, métayers et régisseur ont bien compris que Marcellin se la joue grand propriétaire sans jamais mettre les pieds dans les champs. De façon peu surprenante, Marcellin finit par se rendre compte que le revenu de ses terres est nettement inférieur à celui attendu … Pire, son attitude d'ancien colon indispose les notables qu'il fréquente dans les cercles de jeu ou les salons, générant quelques jalousies dont on sait bien qu'elle est mauvaise conseillère …
À travers ces deux portraits, Jean-Paul Malaval brosse cette période de juste après-guerre où le retour au travail des soldats survivants n'est pas simple, où, pendant quatre ans, d'autres habitudes ont été prises de part et d'autre. La haine ou le mépris rencontrés sont souvent le fruit d'un défaut de communication ou de compréhension. Pour certains, il sera nécessaire de faire un retour sur soi avant de faire le pas (libérateur) vers l'autre.
Le roman est souvent très rude à l'image des caractères trempés que Malaval nous décrit. Après quelques petites difficultés pour rentrer dans le roman, on finit par s'attacher à tous ces personnages dont on prend plaisir à suivre leurs pérégrinations.