La fin de Le monde n'existe pas a interloqué beaucoup de lecteurs. Elle est pourtant assez "logique" à partir du moment où l'on est amené à se poser de vrais questions sur la fiabilité du narrateur, voire même sur son état mental, de plus en plus sujet à caution, au fil de l'intrigue. Celle-ci ne semble d'ailleurs qu'une sorte de prétexte, avec l'utilisation voyante de certains codes du thriller, pour engager une vaste réflexion sur notre société moderne, marquée par la manipulation à grande échelle (selon l'auteur), à l'aide de récits savamment concoctés pour cacher le fait qu'ils ne sont que des Fake News, alimentés notamment par les réseaux sociaux, version contemporaine et pernicieuse des rumeurs d'antan. Le livre de Fabrice Humbert balance entre essai sociologique et roman noir, avec question identitaire de ses deux personnages principaux, celui qui raconte et celui qui est fantasmé (la remarque est valable pour les autres protagonistes du roman, y compris la jeune fille assassinée). Fabrice Humbert ne se prive pas d'un nombre incalculable de digressions, qui rendent l'ouvrage encore plus erratique, pour ne pas dire aléatoire, alors que le recours à de nombreux flashbacks contribue déjà à son éparpillement. Il y a aussi quelque chose d'artificiel dans l'Amérique que décrit l'auteur, ou de fabriqué si l'on préfère, qui concourt à une possible lassitude du lecteur, au fil de pages qui expriment de manière schématique une ambiance de plus en plus paranoïaque. L'ambition de Le monde n'existe pas est grande mais ni l'écriture en elle-même ni l'architecture du récit ne montrent une vraie maîtrise pour répondre à cette prétention affichée.

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le 21 mai 2020

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