Dans une critique précédente de romans de Pierre Magnan, je disais que je viendrai un jour à commenter le premier roman de Pierre Magnan. Le sang des Atrides. Rien que le titre est de nature à m'électriser … Et, le pire, c'est qu'il y sera bien question d'une Electre et d'un Oreste !
C'est dans ce roman que Magnan nous introduit, pour la première fois ce vieux commissaire Laviolette flanqué d'un jeune juge Chabrand que l'on retrouvera dans plusieurs autres romans.
On est à Digne dans les Alpes de Haute-Provence. Le 04. Comme la plupart des ouvrages de Magnan, originaire de là-bas.
Ce commissaire et ce juge ne se trouvent pas dans ce département par hasard. En effet, l'Administration, dans sa grande bonté, a plusieurs départements dans sa poche pour y reléguer les fonctionnaires qu'il convient d'écarter ou de mettre au placard. Il y a bien sûr la Creuse, le Pas-de-Calais bien connus mais il y a aussi le 04. En effet, Laviolette a un jour pas suffisamment tourné sa langue dans sa bouche face à un ponte, quelque part en France, et Chabrand a eu des opinions et un comportement, politiques, parfois un peu trop rigides, façon Robespierre, qui déplurent. Mais le taquin bas-alpin Magnan nous les présente finalement, pas si malheureux que ça de leur exil involontaire à Digne, préfecture de 15000 habitants, dans cette belle région provençale. Forcément.
Dans le roman, Laviolette et Chabrand ont affaire à une série de crimes qui défraie la chronique. Les voilà, en effet, à nouveau sur le devant de la scène à devoir se remuer les méninges pour débrouiller cette incompréhensible et corneculesque affaire où la Bléone, rivière qui arrose Digne, joue un rôle involontaire.
Le style de Magnan est toujours très fluide et n'hésite pas à prendre un ton goguenard devant la stupeur du commissaire face à l'avalanche des évènements et devant l'impatience de la hiérarchie.
"Eh bien ! messieurs ? Avons-nous progressé ? demanda le procureur.
Il appliquait volontiers cette méthode des chefs véritables : s'étonner qu'un travail à peine commencé, ne fût pas déjà fini.
Le lecteur se prend facilement au jeu de pistes, surtout des fausses-pistes, jusqu'à la surprise finale.
Spoiler : dont je n'avouerai qu'une chose, c'est qu'elle est mythique.
C'est le premier et un des meilleurs romans de Magnan …