J’ai particulièrement apprécié ce roman et ses thèmes.
Ce dernier est déjà marqué par un profond isolement : Cathy, Hareton ou Linton ne sont probablement jamais sortis en dehors des deux propriétés où se déroulent l'action du livre. Celui-ci est donc marqué par le véritable isolement de ces personnages, qui explique à mon sens une partie de leur folie.
L'espace y est très restreint : les landes entourent et enferment la maison, la propriété opposée constitue la seule possibilité de contact et de mariage, ce qui confère au tout une ambiance presque incestueuse et un manque de liberté. Cathy aime-t-elle réellement Linton, ou cela ne lui est-il pas imposé car il s'agit du seul prétendant géographiquement accessible ?
L'isolement piège aussi Isabelle, bien qu'elle soit éduquée et possède des qualités engageantes pour son futur, telles que la beauté ; elle n'a toutefois rencontré que peu de figures masculines dans sa vie, et cela la dessert. Elle tombe alors dans le piège de Heathcliff, dont le charme et le mystère créent une image de lui qui est rapidement détruite quand elle le marie. Encore une fois, ne s'illusionne-t-elle pas à son sujet car il est la seule figure masculine accessible des environs ?
Les personnages se portent des sentiments que j'ai trouvé douteux. Il y a quelque chose d'intense dans les déclarations de Cathy :
"I am Heatcliff !" "He's always, always in my mind: not as a pleasure, but as my own being."
C'est très beau tout ça, mais j'avais comme cette impression que ces belles déclarations étaient vaines, sentimentalistes, presque ridicules en voyant le mal fait par l'un à l'autre. Ici, les sentiments relèvent de l'obsession : Heathcliff pour Cathy, Cathy pour Edgar et Linton, Isabella pour Heathcliff... Et ça finit mal !
Je comprends cependant Heathcliff qui voit peu à peu la seule personne avec qui il ait créé un lien affectif s'éloigner peu à peu de lui, en raison de leur position sociale et des décisions prises par les personnes en position de pouvoir, tel Hindley qui le réduit à un domestique. En étant viré de la pièce car jugé "unfit for a decent house", Heathcliff est montré en dehors de l'espace "respectable", tandis que Cathy devient "a graceful damsel" qui a acquéri les signes attendus pour la femme de cette époque, prête à être mariée.
Heathcliff, après avoir subi les affronts de Hindley, revient et exerce une supériorité trouvée sur lui. Ce n'est clairement pas un modèle de pardon puisqu'il perpétue sa violence et la dépasse même en planifiant sa revanche sur plusieurs générations.
"The tyrant grinds down his slaves and they don't turn against him, they crush those beneath them."
Néanmoins à travers sa vengeance Heathcliff ne semble pas trouver de paix, ce qui constitue une forme d'échec. Le personnage a quand même dépassé sa condition sociale inférieure en fuyant un foyer abusif et a obtenu beaucoup d'argent, qui aurait pu lui permettre de s'établir autre part. Mais une fois sa fortune acquise, c'est vers ce foyer abusif et isolé qu'il retourne. Cette action préfigure déjà son échec à mon sens, car c'était le seul personnage principal possédant une chance de sortir de son isolement entretenant sa folie. Il n'y échappe cependant pas, le ressentiment le pousse à revenir et ce retour ne fait qu'entretenir sa souffrance, qu’il ne peut tout simplement pas fuir. C’est triste mais puissant.
La violence des actions humaines de ce livre dénote aussi avec la présentation de la mort, présentée comme douce. Le motif de la mort est ici plutôt régulier ; le corps s'apaise, se ralentit naturellement, puis se fige et s'abandonne doucement, avant d'être remarqué par les autres personnages. Une mort sans violence, partagée par Mr Earnshaw, la femme de Hindley... C'est un peu différent dans le cas de Cathy, mais j'ai aussi eu cette impression !
"Her life closed in a gentle dream."
Ce livre est étrange, tordu mais définitivement mémorable.