Les Raisins de la colère narre l'exode d'une famille de cultivateurs, chassés de leur terre par l'Etat américain qui recueille les parcelles pour les faire exploiter par des machines. Voyage éprouvant qui les mettra sans cesse en butte à l'avidité humaine.


Le livre se concentre sur la famille Joad, poussée à bout, méprisée, ignorée, exploitée par les forces ‘supérieures’. Les Joad sont ainsi arrachés à leur ferme et mis sur les routes, obligés de vendre à perte leurs possessions.


Steinbeck montre la déchéance d'une catégorie sociale, celle de la paysannerie que représentent les Joad. Leur combat pour retrouver des terres dans l'Eden californien les fait passer par des états d’abattement, de défaite, de désespoir, tout en montrant leur persévérance, leur volonté inouïe, leur solidarité.


L'auteur décrit donc une humanité pressurée, réduite à la négation de soi. Situation qui crée une tension bientôt insupportable. Pourtant, les Joad et les amis qu’ils rencontrent au cours de leur périple mènent une résistance muette, puis une révolte (notamment contre les policiers qui les maltraitent) sans effusion de violence. Les personnages des Raisins de la Colère sont presque tous d’une humanité exemplaire, pleins d'une générosité qui les transcende : on voit beaucoup d'entraide dans les camps de voyageurs dans lesquels ils se retrouvent parqués. De même, Rosasharn, fille des Joad, alors qu'elle est enceinte, donne le sein à un homme affamé, reprenant ici l'imagerie chrétienne de la Vierge de Miséricorde. Les personnages sont d'une dignité à toute épreuve ,même dans leur colère ils restent mesurés. Ce sont des êtres fragiles et émouvants, qu’on a toujours peur de voir brisés par les puissances qui les exploitent mais qui se relèvent, de façon toujours humble et avec une grande clémence.


Steinbeck décrit le rêve américain avant l’heure, un rêve qui paraît encore simple et sain : le rêve d’un pays de cocagne où l'on trouve des raisins et des pêches juteuses (le grand-père Joad en parle souvent et en salive même !). Rêve d’une vie de travail et de gain simple.


Le livre se termine cependant sans que rien n’ait abouti, dans une incertitude relative. Les Joad sont de nouveau chassés et sur les routes. Mais une note d’espoir se profile : les classes populaires ont pris conscience de leurs malheurs et de leurs droits, et projettent leur regard vers l’avenir et la promesse d'un retournement définitif.


Ce roman montre donc comment la colère monte peu à peu. Celle-ci, loin d'être malsaine, est décrite comme naturelle et libératrice. Les personnages la revendiquant comme nécessaire à l'évolution des classes.


Retrouvez ma chronique Steinbeck/Zola sur mon blog : https://labyrintheque.wordpress.com/2013/06/08/zola-steinbeck/

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le 28 mars 2017

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