Je le mets au début pour que ce soit visible, mais si vous voulez lire des livres (sérieux) sur Homère, privilégiez : Homère (Pierre Judet de La Combe) ; Homère (Pierre Carlier) un peu daté mais ça va ; Le monde d’Homère (Vidal-Naquet) sans doute le plus accessible. Si vous lisez ça, vous en saurez plus sur Homère que Tesson. Pour aller plus loin : Le monde d’Ulysse (Finley). Pour les plus tenaces : A new companion to Homer, seulement en anglais.
Premier problème : une bibliographie digne d’un collégien. 6 références, sérieux ?
Deuxième : dit tout et son contraire, exemple : « Je crois à cela : l’invariabilité de l’homme. » et plus loin « Être une victime : voilà l’ambition du héros d’aujourd’hui ! » il faut choisir, soit rien ne change, soit c’était mieux avant. J’ajouterai qu’Achille aux enfers dit préférer être le dernier des vivants que le premier des morts, si c’est pas une phrase de victime ça.
Trois : dit des choses fausses et parfois hors-sujet : « Qui était Homère ? La question passionna Nietzsche et des savants se disputent encore. Chaque siècle réduit les œuvres de génie à ses petites préoccupations. Notre siècle égalitariste s’intéresse aux revendications de l’ego. Bientôt, les spécialistes de l’Antiquité se demanderont si Homère était un écrivain transgenre. » Cela doit faire plus de 40 ans que la question sur l’identité d’Homère (la question homérique) est dépassée, c’est impossible d’y répondre définitivement. De plus, pourquoi parler des transgenres alors que la question d’identité de genre, telle que nous la percevons aujourd’hui, est apparue dans les années 50. Cette phrase montre une chose : Tesson ne comprend rien à la recherche historique et croit qu’elle se fait en plaquant des concepts contemporains aux textes anciens, ce qui est faux.
Ensuite, il confond tout : « Ces textes ont cristallisé des mythes qui se répandaient par le truchement des aèdes dans les populations des royaumes mycéniens et de la Grèce archaïque il y a deux mille cinq cents ans. » Pour rappel : époque mycénienne : de 1600 à 1200 av. notre ère ; époque archaïque 770 à 480 av. notre ère. Ce qui nous donne une fourchette très large entre 3500 et 2700 ans. Comment peut-on faire une erreur si grossière ? De plus, qui oserait englober tant de siècles sous une seule phrase ? N’aurait-on jamais idée de considérer de 1020 à 2020 comme un tout uni ? Au passage, il néglige la période entre les deux, où se serait déroulé… la guerre de Troie.
Je vais m’arrêter là, parce que flemme. Je laisse le mot final à Tesson lui-même : « tous les malheurs de l’homme viennent de n’être pas à sa place ». Ô Tesson, que tu as dû être malheureux écrivant ce livre ; désormais, rentre chez toi, tu as prouvé que tu n’as pas ta place chez Homère.