Poor Edward
7.8
Poor Edward

Morceau de Tom Waits (2002)

https://youtu.be/xrbddZuN_8Q


Si j’étais un chien, de loin, on entendrait ma plainte et si j’étais un peintre, j’oublierais les couleurs pour le fusain.
Dans les plis de ma misérable vie, je me proclamerais sultan du swing et, ce, en grandes pompes, devant mes prochains.
Sur mon tapis volant je filerais, profitant des vents fugueurs. De là-haut, je contemplerais les minuscules et, souvent, je leur ferais pipi dessus.


Tout l’art du branleur urbain conscient réside dans son sens de l’ à-propos face à la civilisation qui vacille et sache qu’enfiler la désinvolture pour costume, même si ça souligne avec graisse mon absence d’abdominaux, faut pas avoir peur d’avoir froid!
Tu me diras, le monde brûle, tu risques pas et je te répondrai "ta gueule, c’est moi qui parle".


Malgré tout le tralalala lala du "ainsi va la vie", du chemin-faisant et de ses relents blêmes , j’ai comme toi, mon ami, des envies d’aventures.
Enivré d’épices, las sans doute d’avoir trop attendu que la magie opère, je me prends à rêver à d’autres horizons que l’aurore éclaire.


Je me vois bien en danseur macho, chemise à jabot jaune poussin sur le paletot, un moustachu qui porterait ses couilles, à droite comme Macron, dans un falzar pourpre taille haute.
Laisser l’arsenal qui se cache sous mon absence de masse capillaire faire son office, improviser et meubler l’espace en dodelinant un chouïa du boule que j’ai cambré comme un Marseillais.
Assumer mon côté féminin en dégueulant la testostérone, en quelque sorte.


Trouver un débit qui me ferait crédit et prendre une sacrée rincée à base d’alcools forts, anesthésier la langue juste avant le ciboulot. Maudire le jour où le mauvais sort m’aura fait boire la goutte de trop, gueuler, vomir ma bile et mon putain de caractère. Être enfin ce clébard un peu couard qui se cacherait derrière quelques vapeurs pour claquer l’étincelle. Le chef d’un commando de clodos.
Sache que même allongé dans le caniveau, je veux qu’on me respecte.


Prendre ma gratte accordée en demi-molle pour balancer un boogie-blues des Caraïbes qu’ apostropherait Dieu car Rastafari m’a perverti. Ouvrir les parenthèses, chanter que l’espoir germe dans ce tas de merde en attendant le printemps tant espéré.
Attendre pas longtemps qu’un ange passe pour me faire la morale.
Le regarder de travers, me marrer bizarre en moquant son absence de clitocouille et lui claquer le baigneur.
Allez zou, balance ton porc.


Trembler comme Michael J. Fox, regretter quand le Tout-Puissant décrétera dans un éclair foudroyant mes parties génitales que ça suffit comme ça de se foutre de Sa gueule, gratuitement, à la moindre occasion. Et de celle de ses soldats-chérubins.


Malgré mes dénégations, mes "c’est un quiproquo" et mes larmes de crocodile, mon profil grec posé bien bas, au niveau des coquillettes, mes "Ayé ! J’ai vu la lumière. Comment qu’elle est belle et lumineuse. Chapeau, je sens que cette clarté va guider mes pas vers ce royaume au fond du coeur ! La putain de sa mère".
Parler de cet amour fou entre nous qui n’est pas un mirage, que malgré les orages, il vaut mieux que tous les amours qui se meurent dans de tristes non-dits.
Si tu T’éloignais même un peu, je ne dormirais plus.


Le Mec veut rien entendre. C’est moche.


Lâche que je suis face au désespoir de perdre cette vie soudain précieuse je proposerais au Grand muet de me convertir, voire de partir pour Jérusalem et, si j’avais pas un minimum d’orgueil, je serais à deux doigts de me mettre à genoux.
Je parlerais de ces derniers devenus prophètes à la toute fin, comme dernière cartouche.
C’est quand la pesanteur menace de disparaître que tu te mets à adorer le plancher des vaches, quand on t’annonce que désormais le vendredi, c’est tripes à la mode de Caen obligatoires, que t’es prêt à manger ton petit frère, ou ta propre fille.
Traversé de sanglots, barboté de larmes de lumière, baveux mais debout, je fermerais les yeux et je compterais jusqu’à un et tout disparaîtrait.


Aux derniers chants du soir, alors que tu suffoques à ressasser les ressacs d’encore un jour de cramé, que tu te blesses à briser les liens qui te serrent, qu’en vain tu cherches une voie désespérée pour que ça passe, tu peux jouer à penser à ton tapis volant, à ton costume de danseur de Cha-cha-cha, les mains sur les hanches, comme un papillon à la con.


Ou penser à la lueur qui éclaire tes yeux, petite. Pour moi, elle se confond avec l’étoile, celle qui guidait les grands navigateurs.


Crois-moi, si j’étais un chien, de loin, on entendrait ma plainte.


En attendant, je fais des ronds de fumée couleur bleu foncedé.

DjeeVanCleef
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le 5 nov. 2017

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