3 saisons, 30 épisodes pour évoquer la carrière d'une femme politique.
Projet casse gueule par excellence, Borgen parle du quotidien et de la vie politique du Danemark.
Soyons francs, qui ça intéresse ? Avec une femme comme personnage principal qui plus est...
Tout le monde en fait ! Cette série politique avait donc tout pour ennuyer, un sujet rédhibitoire, un lieu auquel pas grand monde ne prête attention et j'en passe. Mais c'est sans compter l'universalité du propos.
C'est le fait de ne pas être autocentré qui permet à cette série de passionner partout où elle est diffusée.
Conçue grâce à des discussions entre potes dans une salle de sport, le sujet est unanimement déclaré soporifique.
Bien sûr que la peinture du système politique danois y est précise et complète mais les préoccupations des personnages parlent à tous. En tant que femme, politicienne, mère, épouse, personnage publique, Birgit Nyborg a des choix à faire, des situations à analyser et à gérer sur le long terme.
Car oui, Borgen est une série qui peut s'apparenter à une leçon de démocratie pour les nuls. Gageure supplémentaire que d'intéresser des gens qui désertent de plus en plus les urnes.
Passionner une population égocentrée avec le destin d'une femme intelligente, droite, attachée à des valeurs citoyennes...
Les spectateurs attendaient peut être la chute, la compromission inévitable. Une Margaret Thatcher danoise ? La mesquinerie est partout...
Mais Birgit Nyborg est une femme comme les autres malgré ses responsabilités peu communes.
Elle se montre capable de tenir tête à des hommes qui la méprisent pour la seule raison qu'elle est femme. Ils jugent ses réflexion laxiste pare qu'elle a une vision plus à long terme que la leur et prennent son respect de certaines valeurs pour de la lâcheté féminine et donc un manque de poigne. Simplement, le pouvoir n'est un aphrodisiaque que pour les faibles.
Comme dans la bonne littérature, une série de qualité sait construire ses personnage, leur donner corps et âme.
L'intérêt que le spectateur leur porte fait qu'il attend la suite, qu'il est impatient de les retrouver, même les personnages qui semblent secondaires.
Ici l'identification fonctionne malgré ou grâce à ce léger dépaysement.
Les sujets abordés, aussi divers que le féminisme, le pouvoir, l'écologie, la corruption, la place des médias... sont traités de manière assez approfondie pour intéresser mais sont tellement variés que l'ennui ne frappe pas à la porte du château.
Le château qui fait du tout en un et abrite à la fois le parlement, le gouvernement et la Reine.
Une des grandes qualités de cette fiction est d'avoir su se contenter d'un seul mandat et de ne pas avoir joué inutilement des prolongations qui auraient été néfastes à la profondeur du show. Ainsi à l'image de son héroïne, elle aura su rester à la fois brillante, précise et conserver son idéalisme.
A la fois limpide et complexe.