La vie banale de 5 superzéros britanniques
Misfits est une série de superhéros rafraîchissante, dans le sens où elle n'écule pas tous les clichés vus et revus partout ailleurs. Alors qu'ils seraient partis sauver le monde en tenue moulante dans n'importe production américaine, les 5 personnages principaux ne changent pas grand-chose à leurs habitudes une fois passée la surprise liée à la découverte de leur don : ils étaient des petits délinquants en marge de la société dans leur vie passée, et ils le resteront après avoir été frappés par la foudre.
Parmi les principaux personnages, 2 sortent vraiment du lot. Nathan est la tête-à-claque décomplexée que les spectateurs vont adorer détester : Robert Sheehan possède un visage incroyablement expressif et il incarne à la perfection ce rôle de "petit con" provocateur et jovial. Il sort énormité sur énormité et n'a jamais peur du ridicule. Simon est à l'opposé absolu : ce geek sociopathe et timide a toujours été la risée de ses camarades de classe, et quand il se retrouve condamné à devoir faire des travaux d'intérêt général, il trouve parmi ses nouveaux "collègues" des gens qui ne le rejettent pas en bloc. Outre sa voix chevrotante, il possède un regard perçant et malsain qui lui permettra de jouer des rôles de tueur en série ou de pédophile pour les 20 années à venir. Les 3 autres protagonistes sont beaucoup moins intéressants, mais si vous regardez la série en VO, vous serez forcément interloqués par l'accent irréel de Kelly : il faut vraiment s'accrocher pour la comprendre, et les expressions faciales de l'actrice qui l'incarne sont à mourir de rire.
Une des bonnes idées de Misfits, c'est que beaucoup de personnages annexes sont également dotés de superpouvoirs, suite au fameux orage. Les auteurs sont à ce sujet particulièrement inspirés, et vous pouvez d'ores et déjà vous attendre à de nombreuses idées complètement farfelues lors de la saison 2...
En terme d'intrigue, la saison 1 nous montre principalement les 5 ados dans la banalité de leur quotidien au centre social. On les observe dans la phase d'apprentissage de leur don, et la pseudo-intrigue policière qui sert de fil rouge aux 6 premiers épisodes n'est pas des plus passionnantes : en effet, Misfits est drôle et originale quand on voit nos 5 ados utiliser leur pouvoir dans des situations légères, mais dès que les auteurs se prennent trop au sérieux, la série devient beaucoup moins convaincante. La saison 2 est ainsi très contrastée : d'un côté, elle adopte un ton beaucoup plus sombre, avec des références SF malvenues et un décor éclairé aux néons emprunté à Batman, mais c'est aussi une saison où les scénaristes se lâchent et n'hésitent pas à enchaîner les situations burlesques (ex : le gorille, GTA, Jésus). Une chose est sûre en tout cas : Misfits s'intéresse plus à ses personnages qu'à leurs pouvoirs, et ces derniers deviennent presque anecdotiques au fur et à mesure de l'avancement des épisodes.
L'habillage musical est de grande qualité, et il est surtout très varié : électro, drum 'n bass, indie rock, tout y passe, et dans son ensemble, la bande-son confère une ambiance jeune et dynamique à la série. En terme d'esthétique, le réalisateur multiplie les plans floutés, et de nombreux paysages fixes servent de transition d'une scène à l'autre (on aperçoit régulièrement un canal ainsi qu'un coucher de soleil).
Donc voilà, sans l'adorer, j'ai tout de même fortement apprécié cette série, alors que je suis d'habitude complètement allergique aux histoires de superhéros. Le destin de ces petites frappes sans repères est suffisamment drôle et touchant pour que l'on n'ait jamais envie de zapper, et Robert Sheehan crève littéralement l'écran.