1
3 critiques
Boring 3
Je comprend pas la hype pour le gamin aux cheveux bouclé.Des "storyteller" y en a 319 de plus intéressant que lui....Sans parler de ses traduction fr de vidéos us..
le 26 janv. 2024
Je pense que c’est le premier qualificatif qui me viendrait à l’esprit si je devais vous parler d’Augustin Héliot ; l’homme qui se cache derrière cette émission que tout le monde connaît sous le nom de TheGreatReview.
Si, par malheur, vous faites partie de celles ou de ceux qui ont fait connaissance avec cet auteur (ou son émission) par l’entremise d’une interview ou d’une invitation sur un plateau, je pense que c’est un détail qui n’aura pas pu vous échapper : ce mec est horripilant.
Pour ma part, les dernières fois où je l’ai vu, c’était dans des shorts Youtube que l’algorithme m’avait recommandés et, à chaque fois que je me suis retrouvé face à lui, j’ai ressenti comme un fourmillement me monter dans la main ; une véritable et fulgurante envie de le baffer.
Ses fausses manières de mec de la street alors que le gars a fait ses études à Panthéon-Assas. Son vocal fry surjoué et ses « frère » qu’il dégaine à tout bout de champ pour ponctuer ses phrases. Ses bouclettes qui tombent dans les yeux, ses sweats et ses regards d’ado frimeur : tout le personnage pue la fraude.
Augustin Héliot, c’est vraiment ce fils à papa qui – comme beaucoup de fils à papa qui n’assument pas – surjoue le populo qu’il n’est pas mais qu’il croit être au simple prétexte qu’il aurait passé sa vie à consommer de la culture de beauf, de « LOL » à « COD » en passant bien évidemment par « WOW »…
Face à un personnage aussi horripilant, on serait clairement en droit de se demander comment un type pareil a pu se constituer une telle place au sein du net français, au point de pouvoir tout aussi bien spoter au Z’Event qu’au sein de la rubrique jeux vidéo du journal le Monde.
Pourtant la réponse à cette question est plutôt simple, et il suffit de se regarder quelques épisodes de sa chaîne TheGreatReview pour le comprendre. Parce que, pour peu qu’on s’intéresse de près ou de loin au monde du jeu vidéo (car c’est surtout de cela dont il est question avec lui), force est rapidement de constater que le bonhomme – tout aussi insupportable soit-il – sait de quoi il parle… Et surtout, il sait comment il convient d’en parler.
Vous l’aurez compris, face à cette chaîne, jamais ce célèbre adage n’aura paru aussi valide : d’un côté il y a l’homme et, de l’autre, il y a l’artiste…
D’un côté, Augustin Héliot. De l’autre, TheGreatReview.
En ce qui me concerne, j’ai eu de la chance parce qu’il se trouve que ma première rencontre avec cette chaîne s’est faite lors de l’un de ces rares épisodes où l’agaçant Augustin n’apparaît jamais à l’écran. Il s’agissait de sa vidéo sortie sur un jeu que je venais tout juste de finir et de critiquer : Tunic.
A cette époque-là, on était sur la fin du mois de novembre 2022 et la chaîne n’avait pas encore pleinement explosée en termes d’audience. Mais un de mes abonnés, Gyaran, après avoir lu ma critique sur le jeu, était venu me recommander chaudement l’épisode que TheGreatReview lui avait consacré. « Ça ne t’apprendra sûrement rien » me précisa-t-il mais, par contre, pour des joueurs qui, comme lui, n’avaient pas été pleinement réceptifs à la proposition ludique faite par Andrew Shouldice, il reconnaissait volontiers que la vidéo d’Augustin Héliot lui avait permis d’avoir pris conscience de la réelle profondeur de ce jeu.
Et c’est vrai que c’est la première grande force des vidéos d’Augustin Héliot : elles permettent particulièrement bien de restituer les expériences de jeu. Un résultat qui ne doit rien au hasard et qui s’appuie d’abord sur une formule plutôt bien rodée.
Cette formule, elle pourrait se décrire par une sorte de jeu d’alternance s’opérant entre deux niveaux de narration. D’un côté il y a la voix off qui constitue le premier niveau de narration. De l’autre, il y a ces morceaux de parties jouées en stream que notre cher Augustin Héliot a sélectionnés pour compléter ce premier niveau de narration. Et s’il serait tentant de n’y voir là qu’un schéma assez basique à base de voix qui explique et d’image qui illustre, la réalité de la démarche de l’auteur est en fait plus subtile que ça, car les morceaux choisis de sa partie en stream vont bien au-delà de la simple illustration. Non, pour l’occasion, le stream constitue bien un niveau de narration à part entière.
Parce que du stream, c’est quoi ? C’est du brut ; c’est de la réaction en direct. Ce n’est pas un auteur qui restitue un retour d’expérience à froid, c’est un joueur qui livre une réaction à chaud. Une voix off, ça ne peut qu’expliquer, alors qu’un extrait de stream ça permet de partager – de faire ressentir – un moment fort au sein d’une partie ; un de ces « moments waouh » qu’on n’oubliera pas…
D’habitude, le contenu JV qu’on retrouve sur le net, soit il donne à comprendre, soit il donne à ressentir, mais rarement les deux en même temps. Or TheGreatReview parvient justement à faire les deux en même temps.
Prenez juste cet épisode sur Tunic et – si vous n’êtes pas encore convaincu(e) – jugez par vous-même à quel point c’est efficace.
La vidéo commence par une simple petite minute de voix off ; une voix off qui amorce d’abord avec cette idée selon laquelle Tunic fait partie de ces jeux qui te font très rapidement comprendre – dès leur introduction – qu’ils sont des chefs d’œuvre, puis qui enchaîne tout de suite en présentant le début de partie dudit jeu.
On se réveille au bord d’une plage déserte. Le chemin nous guide naturellement jusqu’à un coffre dans lequel il y a un bâton. Un langage cryptique apparaît. On ne sait pas le lire mais, au fond de nous, on se doute qu’il y a marqué « bâton ». C’est un mystère sans en être un. C’est déstabilisant tout en étant balisé. C’est attendu tout en sachant prendre à contre-pied. Une porte de temple fermée, mais pourquoi ? Une maison abandonnée, mais depuis quand ? Et puis « un moulin, on rentre dedans et là, surprise... » Arrivé à ce moment-là, la voix off s’arrête. La narration bascule, et on nous laisse vivre l’instant par nous-mêmes.
Alors d’accord, ce qu’on découvre dans ce moulin n’a rien de fifou, je vous l’accorde. De même, on n’a pas encore affaire là à un moment vécu en stream dans la mesure où on n’entend pas les interactions d’Augustin avec son chat. Néanmoins une bascule s’est produite à ce moment-là et elle nous invite, nous, spectateurs, à l’immersion.
Je ne sais pas vous, mais moi, en ce qui me concerne, dès la deuxième minute de cette vidéo, j'étais ferré. J'étais curieux. J’avais envie d’en savoir plus… Et il me restait 42 minutes de vidéo à voir. 42 minutes dans le même style. Et c’était évident que si le bonhomme parvenait à maintenir sa ligne et son rythme sur trois-quarts d’heure, je ne pourrais que ressortir de son épisode totalement transporté….
...Et bien évidemment, cette ligne et ce rythme, Augustin Héliot les a tenus tout au long de ces 44 minutes au sujet de Tunic. Tout comme il les tient également sur les deux fois deux heures qu’il a consacrées d’abord à Outer Wildspuis au DLC de celui-ci ensuite...
Le bon Augustin peut même appliquer sa formule en s’émancipant de la trame d’un jeu. C’est ainsi qu’il est parvenu à capter mon attention pendant presque une heure en m’expliquant l’intérêt qu’on pouvait trouver dans cet improbable événement ponctuel que fut la complétion collective de la r/place en 2022 (et si vous ne savez pas ce qu’a été la r/place, je vous invite à visionner la vidéo d’Augustin Héliot sur le sujet). C’est aussi de ce même façon qu’il est parvenu à accomplir cet incroyable exploit de me passionner pendant plus d’une heure pour le parcours d’une équipe sud-coréenne d’e-sport qui joue à LOL, moi qui, pourtant, n’y connais strictement rien au monde de l’e-sport ni à celui de LOL.
Alors après, j’entends bien qu’à cette étape de mon propos, il serait franchement tentant de faire dégonfler les chevilles du bon Augustin.
D’une part, on pourrait m’opposer le fait que ses vidéos sont loin d’être si irréprochables et envoûtantes que cela, ce qui, en toute honnêteté, est une position qui peut clairement se défendre (et on en reparlera).
Ensuite, on pourrait aussi souligner le fait qu’une bonne partie de l’attrait généré par ses vidéos relève surtout du sujet en lui-même. Après tout, son épisode sur Tunic n’est-il pas captivant et fascinant juste parce que Tunic, en tant que jeu, l’est déjà à lui seul ? Et même chose pour Outer Wilds, la r/place, voire même toutes ces autres incroyables histoires qu’il nous raconte ?…
De là, il serait effectivement bien tentant de ne percevoir chez notre fameux Augustin que pour seul mérite celui de savoir dégoter des bonnes histoires à raconter…
Seulement voilà, si c’était vraiment le cas, je pense que sa chaîne ne s’en serait pas aussi bien sortie de l’accusation de plagiat qui l’a frappée, il y a de cela à peine deux ans…
Histoire de rappeler brièvement les faits : on est à l’époque en décembre 2023 et la vidéo de TheGreatReview sur Call of Duty vient de sortir. Elle rencontre un immense succès mais, à peine un mois plus tard, une « sauce » monte sur les réseaux à son sujet.
Un certain Sébastien Delahaye, auteur d’un ouvrage sur le même jeu, signale que la vidéo de TheGreatReview reprend l’essentiel son travail, et cela sans le mentionner. Pire que ça, Delahaye dévoile même des échanges de mails survenus entre Augustin Héliot et lui, dans lesquels le vidéaste avait promis qu’il créditerait l’ouvrage en question, ce qu’il n’a donc finalement pas fait.
Le bad buzz monte suffisamment fort pour que Héliot soit contraint de sortir une vidéo de réaction. Sa défense y a été catastrophique dans la mesure où il a essayé de nous expliquer que son travail, même s’il était parti de l’ouvrage de Delahaye, était allé au final bien plus loin que ce dernier, d’où sa décision finale de ne pas le mentionner… Pourquoi partir là-dedans et valider ainsi cette image d’Augustin au gros melon alors qu’il aurait suffi de faire un vrai mea culpa et insister sur le fait que la vraie plus value d’un épisode de TheGreatReview se trouve bien au-delà de ce que ses histoires racontent ?
A la décharge de notre pauvre Augustin, on ne pourra pas lui retirer le fait qu’il ait déjà cherché à l’expliquer.
Plusieurs mois avant ce bad buzz, aux lendemains de la sortie de sa vidéo sur Outer Wilds, son chat le questionnait déjà sur la méthode qu’il a utilisée pour travailler sa narration, et la réponse du vidéaste était déjà à cette époque sans équivoque :
Frérot (sic), je l’ai travaillée comme on travaille n’importe quoi sur cette terre : avec de la répétition. Quand j’étais petit, je voulais faire des vidéos YouTube. Je m’enregistrais avec un micro. C’était nul, c’était cringe, ça ne faisait pas naturel, du coup je me réenregistrais et je le faisais 500 fois jusqu’à ce que je sois à peu près content du résultat. Et comme j’ai continué à le faire sur des années, eh bah forcément, je suis devenu meilleur. Et même aujourd’hui, quand je réécoute les vidéos d’il y a deux ans, je me trouve horrible, parce que je progresse, parce que je répète. On n’est pas dans un animé. Il n’y a pas de petit prodige de quatorze ans qui dégomme tout le monde. On est bon aux trucs qu’on répète, et on est bon dans les trucs dans lesquels on met beaucoup d’heures. Donc voilà, j’ai appris la narration comme on apprend la menuiserie, la pâtisserie, tout sur cette terre…
Elle est effectivement là, la vraie plus value de TheGreatReview. Là et pas ailleurs.
Elle est dans sa narration.
Tu prends les mêmes histoires et tu les fais raconter pas cent autres mecs ou nanas, elles ne sonneront pas pareil. Elles ne produiront pas le même effet.
C’est la raison qui me pousse à m’en foutre un peu de ces histoires de plagiat, parce que je suis convaincu que, si j’avais lu le bouquin de Delahaye sur Call of Duty, je n’en aurais rien tiré. Ça ne m’aurait pas intéressé. Et cela pour une raison bien simple : je m’en cogne, moi, de Call of Duty… Par contre, TheGreatReview peut me parler de n’importe quoi, ça m’intéresse. Que je connaisse ou que je connaisse pas le sujet dont il parle, j’en tire toujours quelque chose. Et parfois même quelque chose de franchement précieux.
Et c’est d’ailleurs le point par lequel je voudrais boucler mon propos.
Augustin Héliot aime à répéter à qui veut l’entendre que la vraie plus value de sa vidéo, c’est sa narration, et que l’intérêt fondamental de sa narration, c’est la minutie de son agencement.
Interrogé par Forbes en janvier 2024, il disait notamment qu’il passait son temps « à trouver ce moment où la voix, la musique et l’image fit (sic) parfaitement. » ; un peu comme quand il expliquait à son chat que « la musique est le truc le plus important dans une vidéo. Et je rigole vraiment qu’à moitié. C’est limite plus important que les recherches ; plus important que l’écriture ; plus important que le montage. Parce que, quand tu veux raconter un truc à quelqu’un, tu as besoin qu’il soit dans le bon mood. »
Or, moi, je trouve qu’en disant ça, et en insistant toujours sur ça, Augustin Héliot se fout un petit peu de nous.
Je ne veux pas dire par là que tout ce qu’il dit c’est du pipeau, loin de là. Par contre je pense sincèrement que – sciemment ou non – il tait ce qui fait, selon moi, l’élément central de sa narration.
Oui, il y a le sens de la musique, du bon montage et de l’alternance habile entre narration en voix off et moments livrés de manière brute : je n’entends pas revenir sur ces points. Cela fait incontestablement partie de sa recette à succès. Mais ce qui complète à mon sens merveilleusement ce tout – la pierre angulaire de son travail – c’est que je trouve que ce type a un sens aigu de l’analyse et de la pédagogie.
Si ça ne vous saute pas aux yeux, je vous invite à voir les vidéos les plus anciennes de la chaîne. Elles sont généralement bien plus courtes que celles qui ont fait le succès de TheGreatReview et elles peuvent porter sur des sujets plus divers, qu’il s’agisse de jeux bien moins narratifs, de mangas et plus rarement de cinéma.
Ce ne sont pas les vidéos les plus connues (ni les plus vues) et cela sûrement parce que leur ancienneté et leur format atypique par rapport aux standards actuels de la chaîne leur donnent des allures d’essais avant le chef d’œuvre. Pourtant, je trouve que les regarder en dit long sur le fait que TheGreatReview, ce n’est pas que du storytelling, c’est aussi de l’analyse critique qui sait faire ressortir les éléments fondamentaux d’une œuvre.
Prenez juste cette vidéo sur le tout premier Dark Souls. Elle date de juin 2018, c’est seulement la deuxième de la chaîne, et elle dure moins de sept minutes… Oui, vous avez bien lu : moins de sept minutes.
Moi, de base, je ne suis vraiment pas fan des jeux de From Software, et j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer en quoi ici ou là. Beaucoup sur ce site sont venus m’expliquer, avec plus ou moins d’ouverture d’esprit, que j’étais passé à côté de l’essentiel de ces jeux et que je n’en avais pas cerné grand-chose, sans succès malgré tout…. Mais voilà que je tombe sur cette vidéo de moins de sept minutes ; vidéo qui me fait une petite leçon de comment fonctionne la narration par le level design dans Dark Souls. Elle me montre à quel point ça va même carrément au-delà de la narration environnementale ; à quel point c’est un élément fondamental dans la manière qu’a le jeu de façonner émotionnellement l’aventure du joueur…
En sept minutes, ce mec était parvenu à me convaincre que Dark Souls était vraiment un grand jeu, là où des dizaines de gars avaient échoué sur des pages et des pages de conversation. Et il n’y est pas parvenu grâce à une narration qui m’a emporté pendant près de deux heures. Non. Le mec a juste su choisir LE truc à expliquer. Il a choisi un moment qu’il jugeait être un révélateur du génie du jeu… Un « moment waouh »…
…Et pour nous rendre ce moment accessible – y compris pour ceux qui n’ont pas joué au jeu – y compris même pour ceux qui n’ont pas aimé le jeu ! – il a juste su apporter les éléments de contexte nécessaires, le petit résumé qui s’impose, et surtout mettre en évidence les principales mécaniques à exposer… Et une fois la chose faite, il n a plus qu’à laisser le joueur face à l’instant brut. Après l’analyse, le ressenti. Après la compréhension mécanique, l’expérimentation sensorielle.
C’était il y a sept ans et, déjà, toute la force d’un épisode de TheGreatReview était là.
Et pourtant ça ne durait que sept minutes.
Alors oui, je comprends bien que, sept ans plus tard, face à des vidéos-déluge de près de deux heures, on puisse perdre de vue certains éléments qui font la recette d’un tel succès.
C’est vrai que, si on prend la dernière vidéo en date de publication de cette critique [nota. le 6 janvier 2026] – à savoir cette heure et demie consacrée à la communauté du jeu de combat (ou « FGC » pour les intimes) – on pourrait très facilement se convaincre que ce qui fait le caractère passionnant de cette vidéo, c’est surtout cet enchaînement d’histoires méconnues aux retournements parfois incroyables, qu’il s’agisse de cet improbable double confrontation entre Filipino Champ et KaneBlueRiver à l’EVO 2016 ou bien encore de ce cauchemardesque parcours du combattant qui a conduit Arslan Ash jusqu’au sacre sur Tekken 7 à l’EVO Japan 2019. On pourrait d’ailleurs tout aussi bien se persuader, face à ce foisonnement d’images d’archives enchaînées avec beaucoup de fluidité et de rythme, que l’essentiel de la magie de cette vidéo reposerait avant tout là-dedans…
Et on n’aurait effectivement pas tort de considérer que ces éléments participent grandement à la frénésie de ce contenu…
Il n’empêche que, moi, de mon côté, tout ce que j’en ai retenu de cette vidéo, c’est surtout ce qu’Augustin Héliot a su faire de ces quelques secondes formellement dégueulasses mais absolument mythiques qui ont été filmées lors d’une finale de Street Fighter II X à l’EVO 2004…
Les adeptes de jeux de combat savent de quelles secondes je parle. Tout joueur qui a un peu tâté du STII dans sa vie se les ai déjà matées une bonne dizaine voire une bonne centaine de fois. Pour les autres, je vous briefe rapidement : il s’agit d’un enchaînement survenu en pleine finale entre une légende du tournoi – Justin Wong – et un challenger japonais que tout le monde attendait : Daigo. Cet enchaînement, il refile des frissons à tout joueur, même novice, de STII… Mais par contre, il laisse de glace tous les autres. Moi-même j’ai déjà essayé de montrer cet extrait à des profanes, en leur expliquant la nature de l’exploit, mais rien n’y a jamais fait. Chou blanc...
Or, qu’a fait Augustin Héliot de cet instant ? Il a fait exactement ce qu’il a fait avec Dark Souls, c’est-à-dire qu’il a juste bien travaillé le « moment waouh » en amont. Il a exposé des mécaniques, il a posé un peu de contexte, fait le résumé qui s’impose, avant de livrer le moment… Mais là où il a été bon, c’est qu’il a su fondre ces étapes-là dans son narratif. En fait, toute la première moitié de sa vidéo sert à amener ce moment-là : la conception du jeu par les développeurs, la découverte des combos par les joueurs, la démonstration de la difficulté à les accomplir, les prouesses de Qudans en tournoi… Tout ça préparait l’instant ; tout ça préparait à comprendre ces fameuses quelques secondes mythiques…
…Et ça n’a pas manqué : ça a fait mouche.
Testé et approuvé sur Madame. Une totale réussite.
En vrai, il est là le vrai tour de force de cette chaîne.
Il est surtout dans sa capacité à analyser un sujet, isoler les instants clefs, puis les amener convenablement au spectateur pour qu’il y ait cet effet « waouh ».
Parce qu’au bout du compte – et au risque de surprendre – je suis loin de trouver la narration d’Augustin Héliot pleinement aboutie. Je trouve même que, formellement parlant, elle laisse encore pas mal à désirer sur pas mal de points.
On évoquait par exemple à l’instant l’importance qu’il accordait à la musique dans ses vidéos. Or, en ce qui me concerne, je considère que c’est justement l’un de ses gros points faibles. Je trouve ça surchargé et très pompier. Et puis la surabondance d’électro qui pulse donne à ses vidéos un vrai côté beauf.
Même chose, niveau montage : je veux bien entendre que le gars passe sa vie à rechercher le bon « fit », il n’empêche que ça lui arrive assez régulièrement d’user de plans en face cam voire d’éléments piochés dans VidéoStock, ce qui constitue quand même pour moi le sparadrap du vidéaste internet qui veut faire les choses vite sans trop avoir à se prendre la tête...
...Et puis surtout, il y a son personnage, quoi. Je me doute que certains se sont peut-être étonnés qu’en début de cette critique, je me sois à ce point permis de lui en mettre plein la gueule un peu gratuitement à ce pauvre Augustin Héliot, mais pour moi, c’est loin d’être un point anodin de ses vidéos. Son personnage est un élément constitutif de TheGreatReview. C’est lui qui narre. C'est lui qui occupe assez régulièrement l’écran. Or, moi, ces regards caméra d’ados qui se la jouent ; ces intonations de fils à papa et ses « flemme, frère » ; ce sont des composantes formelles qui participent, à mes yeux, à faire perdre les épisodes en qualité, en immersion, en fluidité.
Et si, au bout du compte, je me suis permis de produire toute cette critique, c’était justement pour en arriver là… Pour revenir sur ce point qui me semble essentiel.
En ce début d’année 2026, plus personne sur le net ne peut ignorer TheGreatReview. C’est devenu une chaîne de premier plan que même celles et ceux qui ne s’intéressent pas aux jeux vidéo peuvent être amenés à connaître de nom. Et en conséquence, comme toute chaîne qui émerge au premier plan, tout le monde va être amené à produire un avis dessus. Tout va être dit et, forcément, avec ça, n’importe quoi.
Or, je pense que c’est justement dans ces moments-là qu’on a besoin d’apporter un peu de recul critique sur les choses afin de savoir positionner convenablement chacun des acteurs qui font l’offre culturelle du moment. Et j’entends parfaitement qu’en ce début d’année 2026, nombreux sont ceux qui pourraient être dérangés par le concert d’éloges que reçoit actuellement cette chaîne ; que nombreux sont ceux qui pourraient percevoir dans ce succès quelque chose qui mériterait d’être relativisé, voire même qu’une fraude mériterait d’être dévoilée.
Or, moi, face à ce sentiment-là, ce que j’entends juste apporter comme grille de lecture face à ce TheGreatReview, c’est celle que j’ai affichée en titre de ce billet : pour comprendre ce que représente cette chaîne dans le YouTube game du moment, il faut savoir distinguer l’homme de l’artiste. Savoir distinguer Augustin Héliot de TheGreatReview.
Je comprends qu’on puisse ressentir une gêne face à cette chaîne. Je comprends même qu’on puisse avoir ce sentiment qu’une imposture bien dissimulée sommeille, tapie dans l’ombre, en attendant d’être dévoilée. Seulement voilà, en ce qui concerne, et après avoir bien tout considéré, j’ai vraiment le sentiment que cette impression que quelque chose cloche dans TheGreatReview tient surtout à la place qu’y occupe le personnage d’Augustin Héliot.
D’un côté, il y a un travail pleinement mûri et de l’autre, il y a un gars qui se comporte comme une caricature d’adolescent de la street. D’un côté, il y a un vrai travail d’analyse et de réflexion et de l’autre, on se rend compte que c’est parfois au service de matériaux moins nobles que ce qu’on veut bien nous en dire. Parce que, d’accord, Call of Duty c’est efficace, mais ça reste une licence qui – même à son apogée – a surtout joué des gros sabots. Idem, je veux bien que la FGC ait une liberté de ton que n’a pas le reste de la scène de l’e-sport, mais cette liberté de ton se réduit pour l’essentiel à des mecs qui s’insultent et se chambrent comme des gros beaufs pendant les parties.
Et je sais que, en ce qui me concerne, ce rapport très ado aux choses – presque beauf – il pose indéniablement une limite à la portée de cette chaîne. Et si vous n'en êtes pas convaincus, matez son épisode consacré à un groupe de maquisards de la seconde guerre mondiale, et jugez par vous-mêmes si vous estimez que les regards en coin, les vocal fry et les « flemme, frère » d’Augustin Héliot sont si adaptés narrativement que ça au sujet dont on nous parle.
Alors certes, la vidéo en elle-même est menée par un très bon storytelling ; sachant insuffler une vraie dimension épique à l'événement raconté ; là-dessus pas de souci. Mais peut-être que, justement, un sujet comme celui-là aurait mérité d'être traité autrement que comme une épopée. Peut-être que, sur un sujet historique aussi structurant en termes de lutte politique et sociale, on ne peut pas faire l'économie d'une analyse historique et le réduire à un simple spectacle mis en scène par notre cher Tintin de la Street.
Je pose le reproche là, pour aider les réfractaires à relativiser, mais aussi un peu pour jeter une bouteille à la mer. En l’état, la chaîne est déjà un petit bijou et je pense sincèrement qu’elle peut encore progresser. Car on pourra reprocher ce qu’on voudra à Augustin Héliot – personnage comme auteur – mais je pense qu’on ne pourra lui retirer le fait qu’effectivement c’est un bosseur et un perfectionniste.
Depuis sa création, les contenus de cette chaîne n’ont jamais cessé de se transformer et de se perfectionner, sans jamais céder à la facilité ou à la productionnite facile. Ses vidéos sont rares. Elles sortent quand Héliot a décidé qu’elles étaient prêtes à sortir et seulement sur des sujets qu’il estime être dignes d’être racontés. C’est là une attitude devenue très rare sur YouTube ; mais une attitude qui est généralement la marque des plus grands. Or, pour moi, c’est un fait : aussi insupportable soit-il, Augustin Héliot fait, pour le moment, partie des plus grands auteurs du YouTube game français.
Certes, je n’ai pas tenu plus de deux minutes quand il s’est agi de l’écouter sur Kombini, mais il n’empêche qu’en parallèle de ça, quand ce type a fait une vidéo de plus de deux heures sur Outer Wilds – un jeu que j’ai pratiqué et adoré – ça m’a permis de pleinement considérer la profondeur de ce jeu, quand bien même l’avais-je déjà retourné dans tous les sens. Ça m’a même permis de faire quelque chose que j’avais longtemps pensé comme inenvisageable : détrôner Majora’s Mask de mon Top Jeux vidéo pour y mettre à la place le jeu d’Alex Beachum.
Aussi j’espère ceci, pour ce début d’année 2026 : j’espère que TheGreatReview saura se bonifier encore, parce que cette chaîne a la marge pour ça. Mais pour ce faire, je pense sincèrement qu’elle a besoin de moins d’Augustin Héliot et plus de TheGreatReview ; de moins de mises en scène de soi-même en tant que grand narrateur qui s’est construit à la sueur de son front et davantage de mise en valeur des jeux et des œuvres par l’entremise de grilles analytiques perspicaces et pertinentes.
Alors certes, tout ça renverra peut-être d’Augustin Héliot l’image d’un mec qui a surtout su tirer profit de son capital familial et de ses formations scolaires et estudiantines pour les investir au service d’un secteur culturel qui manque encore beaucoup de passeurs de savoirs suffisamment riches et structurés, mais il n’empêche qu’ainsi faisant, il deviendra pleinement ce passeur de savoirs dont le jeu vidéo – et la culture geek – ont besoin.
Dans son interview donnée à Forbes, Héliot concédait ceci :
Je vais pas te mentir : ma vie, elle est plutôt triste. Je ne fais pas beaucoup de sorties. Je ne regarde pas assez de films. Je n’écoute pas assez de musiques. Je reste chez moi du matin au soir à essayer d’écrire des scripts.
Cet aveu, c’est celui qui me conforte dans cette idée que l’auteur comme l’œuvre auraient tout intérêt à bouger quelques curseurs à l’avenir pour davantage se bonifier. Moins de recherche de street cred sur le net, plus de curiosité culturelle à la maison, comme en dehors. Ses récentes prises de risques en abordant des questions telles que le cinéma ou les événements historiques sont de bon augure, à condition bien sûr que TheGreatReview n’oublie pas que ce qui fait « une grande critique » – car c’est bien là la traduction qu’on pourrait faire du titre de sa chaîne – ce n’est pas seulement la manière dont elle est racontée, mais aussi ce qu’elle donne à voir dans sa manière de raconter.
En croisant les doigts donc pour que, pour les années à venir,
le bon Augustin sache prendre de bonnes résolutions.
Mieux s’effacer pour perfectionner son art du dire,
Et ainsi exceller dans la transmission de ses passions.
______________
Nota : cette critique, publiée le 6 janvier 2026, remplace une précédente critique postée en mars 2023. C'est à prendre en compte pour la lecture des dix premiers commentaires qui réagissent à l'ancienne critique plutôt qu'à la nouvelle. Or, dans cette ancienne mouture, je ne m'étais pas du tout attardé sur le caractère horripilant du personnage et j'avais davantage axé mon propos sur l'analyse critique, en faisant notamment une comparaison avec Esquive la boule de feu. A savoir donc si jamais vous voulez investir l'espace commentaires. ;-)
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleures émissions web et Les meilleures émissions sur le jeu vidéo
Créée
le 6 janv. 2026
Critique lue 1.5K fois
1
3 critiques
Je comprend pas la hype pour le gamin aux cheveux bouclé.Des "storyteller" y en a 319 de plus intéressant que lui....Sans parler de ses traduction fr de vidéos us..
le 26 janv. 2024
10
1 critique
10
5 critiques
Tout simplement le meilleur narrateur que YouTube n'est jamais connu
le 17 avr. 2023
4
2914 critiques
Il y a quelques semaines de cela je revoyais « Inception » et j’écrivais ceci : « A bien tout prendre, pour moi, il n’y a qu’un seul vrai problème à cet « Inception » (mais de taille) : c’est la...
le 27 août 2020
5
2914 critiques
Et en voilà un de plus. Un auteur supplémentaire qui se risque à explorer l’espace… L’air de rien, en se lançant sur cette voie, James Gray se glisse dans le sillage de grands noms du cinéma tels que...
le 20 sept. 2019
2
2914 critiques
Avatar premier du nom c'était il y a treize ans et c'était... passable. On nous l'avait vendu comme l'événement cinématographique, la révolution technique, la renaissance du cinéma en 3D relief, mais...
le 14 déc. 2022
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème