Bien que cette série soit estampillée Netflix, elle diffère quelque peu de la production standardisée du célèbre service de SVOD.
Ici, on ne nous sert pas le traditionnel millefeuille multiracial qui nous vend une société épanouie dans sa diversité. Même si figure dans le casting une jeune actrice noire dont la fonction est d’être amoureuse de Wilhelm le prince gay. C’est le moment Black Lives Matter de la série, un passage obligé dans une production Netflix. C’est aussi la séquence la moins crédible en plus d’être inutile.
Curieusement, cette actrice corpulente et pas séduisante (les gros plans sur ses joues tapissées de boutons n’aident pas), est présente dans deux scènes de sexe que j’ai trouvées vulgaires. Dans l’une, on la voit se caresser en regardant sur son téléphone une photo du prince (!). Dans l’autre, elle se fait grimper dessus telle une prostituée lors d’un rapport qui n’a rien de sensuel.
On peut même se demander s’il ne s’agit pas d’un racisme inconscient de la part des producteurs tant ces deux séquences dénotent, comparées au ton sensible et délicat de la série.
Le plus frappant dans "Young Royals" est le choix d’ados pour interpréter des… ados.
Traditionnellement, dans les films et séries US les jeunes de quinze ans sont joués par des acteurs de 22/25 ans.
Les ados de cette série scandinave sont de vrais jeunes souffrant d’acné !
De mémoire de téléspectateur, je n’ai jamais autant vu de jeunes boutonneux dans un film ou une série. C’est de toute évidence un choix volontaire. Parfois, la caméra glisse sur la joue crevassée du héros ou sur celle de la jeune actrice noire qui a une peau particulièrement acnéique.
Vous pouvez être surpris que je m’attache à ce détail, mais ce n’en est pas un. Cela rompt avec les productions aseptisées qui nous proposent des adolescents au corps parfait. Il y a eu chez les producteurs une volonté de faire une série juste dans son ton.
Sur le fond, la série nous conte l’histoire d’une romance LGBT entre un jeune prince et un garçon d’origine modeste. Les deux acteurs ne sont pas caricaturaux, ils ne sont pas beaux au point de transformer un hétérosexuel absolu en un homosexuel convaincu. Non, ce sont des jeunes ordinaires tels qu’on peut en croiser dans le monde réel.
La série n’emprunte pas le choix américain qui consiste à vouloir absolument normaliser les relations gays. Prenez la série "Love Victor", dans laquelle il fallait obligatoirement que les protagonistes fassent leur coming-out et rapidement. Dans les séries US, le coming-out semble plus important que la relation gay en elle-même.
Ici, on n’est pas dans le militantisme mais dans une simple romance plutôt bien faite. Il faut avouer que la scène d’un premier baiser entre Wilhelm et Simon tout en pudeur est réussie et crédible. On est loin des relations gays vues dans les séries US où les partenaires se galochent au milieu du lycée dans l’indifférence générale.
La série gagne en profondeur lorsque se pose la question d’un prince héritier gay appelé à régner et enfanter et qui doit par conséquent étouffer ses sentiments.
Dans les deux derniers épisodes, la série va montrer la réalité et l’impact de l’homophobie, de la rumeur et de la malveillance.
Bonne nouvelle, il y aura une saison 2 et d’ici là, les ados auront peut-être résolu leur problème de peau !