Mis à part deux-trois morceaux, le punk en français ça n'a jamais vraiment marché. On a du mal à sortir quelqu'un du lot quand on revisite l'intégralité de la scène punk française de 1978 à nos jours. Pourtant il y en a des groupes, ho il y en a un même un sacré paquet. Des qui te font encore chier dans les squats pour le traditionnel festival DIY/vegan/féministe/antifa, des qui jonglent avec un humour au ras des pâquerettes pour éviter d'avoir à trop pousser leur réflexion, des qui poussent trop leur réflexion et qui finissent par faire du slam explicatif sur fond de quatre accords affreux, des avec des crêtes, des avec des épingles à nourrices et bien sûr pas un connard pour avoir un sampler parce que c'est bien connu que l'électronique est la perte de toutes émotions... On est bien plus fort en post-punk.
Pourtant c'est pas vraiment compliqué quand on entend les Bérus. Tout ce qu'il faut c'est de la simplicité musicale, de l'efficacité dans la mélodie, des refrains qui tabassent, une bonne dose d'indignation, des chanteurs charismatiques, des hordes de fans et absolument aucune nuance. La principale erreur de tous les groupes de punk français c'est qu'à un moment il finissent par s'excuser pour un amalgame. Ici, on en met plein la gueule des fascistes en tous genres qu'ils soient d’extrême droite, flics ou capitalistes sans penser une seule seconde à faire dans la dentelle. C'est une lutte contre tout ce qui est vaguement assimilée à la couleur brune. Un truc fascinant à entendre.
J'aime pas le rock engagé sauf les Bérus ça sonne comme un "j'aime pas le rap sauf Eminem" mais c'est pourtant vrai. Dans la longue tradition des contes, il y a un bon nombre d'allégories animales. Sauras-tu reconnaitre qui est le porc, l'éléphant, le renard, le corbeau, la gazelle et cie ? On s'attaque aussi aux dictateurs, on vénère les parias, on soutient les opprimés, on célèbre les minorités, on fête les femmes... Féministe, égalitaire, sociale, indignée, toute la panoplie du gauchiste est déployée sur 16 titres pyromanes (et pas 11 parce qu'on a tous la version CD), sans absolument aucun compromis. Et on est en 1985. Presque 30 ans plus tard, rien n'a changé. La rhétorique est toujours la même, l'ennemi est toujours le même. C'est sûrement pour ça que l'album sonne toujours vrai et juste, toute exagération ridicule mis à part. J'aurai personnellement du mal à voir l'électorat de la dynastie Le Pen comme autre chose qu'un ramassis de connards ignorants, j'aurai toujours un sacré paquet de haine à fournir à tous les fils de pute qui manifestent contre une avancée sociale, je serai jamais du côté des flics, je serai jamais du côté des valeurs... Et il y a surement un peu de Bérurier Noir dans tout ça. Après, je suis plutôt un froussard, je vote socialo et je porte mal le foulard donc je fais pas non plus grand chose mais c'est bien de se sentir du bon côté et d'avoir la bande-son qui va avec.
Après on pourra dire ce qu'on veut mais des mecs qui préfèrent embaucher un saxophoniste au lieu d'un batteur aura toujours mon respect éternel. Rien que pour ça il reste à jour le groupe le plus musicalement innovant de toute la triste et répétitive histoire du punk français qui n'aura finalement fait que copier ce premier acte de bravoure. No Pasaran et reprend des frites.