Seul, Frederik Peeters entame une nouvelle série.
J’aurai bien du mal à être critique envers ce maître de la bande-dessinée, et dont la série des Cités Obscures est un des éléments fondateurs de mon attachement profond à cet art. D’ailleurs, sans surprise, Aâma m’a séduit d’entrée.
Aâma est un intriguant récit de science-fiction. Verloc Nim est un homme ordinaire. Dénué d’ambition dans un monde où l’élite laisse pourrir les classes inférieures dans des ruelles sombres et sordides, et brisé par les malheurs de la vie, de la maladie de sa fille à sa douloureuse séparation, il se retrouve embarqué par son frère sur une planète isolée. Son petit frère y est chargé de retrouver une mystérieuse expérience scientifique pour ses employeurs. Loin de ses préoccupations de survie quotidienne, Verloc, de par la curiosité qui l’anime face à l’inconnu, reprend goût à la vie sans même s’en rendre compte.
Le dessin de Peeters est agréable, les couleurs de l’univers développé sont originales. On est loin du cadre strict, symétrique et anguleux, des architectures grandioses des Cités Obscures. Le décor offre une atmosphère plus minérale. « L’odeur de poussière chaude, de soufre et de rouille, des parfums d’aventure » écrit Verloc, tandis que Peeters s’aventure dans de grands espaces inconnus, narrant au fil des pages un épique voyage, qui prend par moments des allures de western galactique.
Dans un univers qui rappelle les explorations sf de Moebius, Frederik Peeters mêle intelligemment la découverte d’un nouvel environnement à l’introspection de son personnage, et ce narrateur, qui nous promène à son rythme entre les temps du récit, suscite une empathie immédiate. Un premier tome prenant, suffisamment passionnant et mystérieux pour avoir l’envie de se jeter dès que possible sur le second. L’univers de Peeters, c’est une nouvelle fois un dépaysant voyage vers des mondes fantastiques empreints de réel et d’humain.
Et c’est comme toujours un vrai petit bonheur.
Matthieu Marsan-Bacheré