Je voudrais bien schtroumpfer !
"La flûte à six trous", rapidement rebaptisé "La Flûte à six schtroumpfs", est l'album charnière de la carrière de Peyo. Ces lutins bleus imaginés pour une aventure de Johan et Pirlouit vont graduellement puis irrésistiblement vampiriser toutes les autres séries que menait Peyo, tant leur succès ira croissant, notamment grâce à cette idée géniale les faisant sortir du lot des nombreux gnomes, farfadets, korrigans de moult aventures enfantines : le langage schtroumpf.
Tout le monde connait l'anectode, lors d'un repas avec Franquin, voulant lui demander la salière mais ayant un trou de mémoire (ou un éternuement, les sources divergent), Peyo prononce "Passe moi le... schtroumpf". Le reste du repas s'articulera autour de ce nouveau mot magique.
Ce qui est merveilleux avec ce langage dans les albums spécifiques aux résidents du pays maudit, c'est la facilité déconcertante avec laquelle, bambin ou adulte, on arrive à le comprendre. Dans "La flûte à six schtroumpfs", c'est en revanche exactement l'inverse, tout le ressort comique repose sur l'incapacité de Johan et Pirlouit à saisir un traitre mot de ces petites créatures. On ne peut que s'esclaffer sans retenue à voir ce pauvre Pirlouit aux bords de la crise de nerfs lors de nombreux dialogues improductifs (et il n'est pas sorti de l'auberge, rappelez vous l'énigme du fameux schtroumpf qui schtroumpf du schtroumpf dans une aventure ultérieure...).
Si cet album est donc spécial du fait de première apparition des schtroumpfs (leur première mouture est moins ronde que celle à laquelle on est habitué, avec notamment ces bonnets quasi pointus, mais on les reconnait tout de suite), il reste une aventure de Johan et Pirlouit de très bonne facture qui fait plaisir à lire, souffrant peut être d'un rythme un brin inégal par rapport à d'autres albums, mais je pinaille, c'est du tout bon, mangez-en.
J'ai cependant toujours un léger pincement au coeur en lisant "La flûte à six schtroumpfs", une rancoeur spécieuse, iraisonnée, mais bien là, tapie au fond de moi. Je ne peux m'empêcher de reprocher aux schtroumpfs d'avoir tué la série Johan & Pirlouit...