Le monde a changé. Eux aussi.
Rendu populaire grâce au succès de la série, je me suis décidé à tenter l’expérience à force de lire que telles ou telles éléments étaient différents des comics. J’avais quelques craintes néanmoins, d’être déçu ensuite par la série, et d’avoir du mal à gérer deux histoires racontées différemment.
Impossible de ne pas établir la comparaison avec l’adaptation. Certaines libertés sont bienvenues, d’autres moins. Ainsi, des personnages n’apparaissent pas dans la série (le couple avec des jumeaux, un homme qui a perdu toute sa famille…), et d’autres rajoutés et qui n’apparaissent pas dans la BD (Merle, Daryl, T-dog). Rick et son groupe rencontrent Tyreese très rapidement. Une mort survient plus tôt. Pas d’autres survivants ni de centre de recherche à Atlanta. Rick rentre rapidement en conflit avec Shane. Si dans la série sa descente aux enfers s’étalait sur plus de temps, ici ses réactions sont plus logiques. Il ne laisse pas son ancien partenaire prendre le commandement sans réagir.
C’est là où je réalise que les créateurs ont probablement eu raison de s’autoriser ces liberté, pour pouvoir surprendre les lecteurs de l’œuvre originale, s’accaparer l’histoire et ne pas se contenter de la suivre à la lettre. De fait je perçois les deux œuvres comme deux entités indépendantes, sans que l’une soit forcément mieux que l’autre. Même si forcé d’admettre que le rythme est globalement plus soutenu que la série, qui s’attarde un peu trop sur certaines intrigues, comme Atlanta, la ferme d’Herschel, ou le conflit avec le Gouverneur.
Perturbé par ce bouleversement apocalyptique, Shane tenait debout grâce à Lori, qui lui donnait une motivation de continuer à avancer. Rick de retour, cette motivation ne tient plus, et Shane perd son contrôle. Pourtant, il n’avait rien d’une mauvaise personne.
C’est là ou « walking dead » prend tout son ampleur, pas dans les massacres de morts-vivants, mais dans les réactions humaines, dans ce que l’être humain est capable d’accomplir sous l’effet de la folie ou de la peur, dans les relations que les individus tissent entre eux. En un rien de temps, le monde qu’ils connaissaient s’est effondré. Plus de sécurité, ni de confort, tout ce qu’ils croyaient acquis a soudainement disparu. Le choc est terrible. Sorti du coma, Rick ne peut empêcher des larmes de couler devant la désolation qu’il contemple sans comprendre. D’autres comme Shane, et tant d’autres après lui, craquent. Le groupe rassemblé autour de Rick va finir par ne plus attendre d’aide de la police ou du gouvernement, réaliser qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Impossible de ne pas se demander comment l’on réagirait face à une telle situation. Pourra-t-on supporter le choc ? Rien n’est moins sûr.
Les dessins sont réussis, tant dans les expressions humaines que dans les scènes cauchemardesques où des zombies s’entassent, dévorés par les vers avec des nuées de mouche autour. Une situation d’horreur et de désespoir renforcée par le choix du noir et blanc.
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