Un modeste employé de mairie (Joué par Jean Yanne) hérite de son frère, mort tragiquement. Il démissionne et se met en tête de faire parler de lui. Il voyage à travers l’Europe et se fait prendre en photo avec des célébrités, en arborant un postiche et une barbe à la Castro. Avant de leur proférer des menaces, sous un nom de code qu’il s’est inventé (à la va vite en tombant sur le titre d’une BD) puis de narguer les polices internationales et d’annoncer qu’il fera sauter une émission de télé renommée.
C’est un film qui a le cul entre deux-chaises mais qui trouve tout de même une certaine force, assez peu commune, dans son étrangeté malsaine qui correspondrait in fine au personnage qu’il met en relief, un peu paumé entre ses désirs vengeurs et ses contradictions, son appétit mégalomane et sa soif de retourner la société capitaliste toute entière, en jouant sur le phénomène de peur, unique moyen, dit-il, pour faire réagir.
Il y a ici des meurtres sauvages (Deux prostitués filmés électrocutés) et spontanés (Un maitre-chanteur de bas-étage). Là une construction assez peu aimable dans son parallèle permanent entre les actes de Carrier et l’enquête menée par un duo Duchaussoy/Delon qui tente de lui faire retrouver raison. Quelques raccourcis et facilités, notamment dans l’aisance de compréhension du psychanalyste, pouvaient être évités. Delon pouvait être évité en gros, tandis que je le trouvais très bien dans Traitement de choc.
Le film est assez informe en même temps qu’il emprunte des rails relativement classiques dans les schémas de polars à la française. Pourtant, il s’achemine vers une fin aussi tragique que pathétique, autant dans la diatribe pujado ridicule (et ridiculisée) proférée par Carrier aux invités du plateau télévisé, que dans la société spectacle qu’il dénonce et la vulgaire marche vers la survie finale visant à se piétiner les uns les autres.
Jessua misanthrope ? Un peu, probablement. D’autant qu’il y a en Carrier une haine et un sang-froid assez terrifiant. Pourtant, la sensibilité vulnérable qu’il construit autour de ce personnage malade (Qui voulait réveiller la France) et de son complice simple d’esprit est étonnante. Même si l’on sait qu’il le manipule et l’envoie au sacrifice, on reste du côté d’Einstein (Renato Salvatori) acteur/spectateur démuni. Le dernier plan est vraiment hyper fort.