Bonnie & Clyde...tel ont été respectivement baptisés mes deux derniers chiens en date.
La chienne c'est Faye Dunaway, belle, blonde et sèche comme un malinois qui récupéra ce rôle originellement destiné à Jane Fonda. Warren Beatty incarne Clyde Barrow, le mâle boiteux à la démarche de bulldog anglais qui s'est soulagé de quelques orteils à la hache pour échapper aux travaux forcés en prison. Également producteur du film, il eut le pouvoir d'imposer Arthur Penn à la réalisation après que Truffaut se soit défilé pour son "Fahreinheit 451".
À l'instar de ce couple mythique, mes chiens furent trognons à leurs débuts jusqu'à se muer parfois en véritables psychopathes.
Tout comme ma chienne, Bonnie grogne et montre férocement les dents à quiconque ose soutenir son regard.
Sous ses allures de beau-gosse et de dur à cuire, Clyde est sans Barrow face aux charmes de sa Bonnie quand son homonyme canin souffre d'une sorte de priapisme doublée d'éléphantiasis qu'il enraye chaque matin en un zouk indécent.
Dans un Texas fauché par la Grande Dépression des années 30, Bonnie surprend Clyde s'apprêtant à tirer la voiture de la mère Parker, le coup de foudre les soude aussitôt dans ce bled où selon lui, la seule occupation est de contempler l'herbe qui pousse. "Alors quitte à mourir, autant ne pas mourir d'ennui ici" songe Bonnie qui flaire le parfum enivrant et acide du danger émanant de Barrow. Rapidement ils multiplient les braquages de banques et d'épicerie, recrutent CW Moss (Michael Pallard), un jeune mécano aussi simplet que loyal qui devient leur chauffeur. Lors de leur tournée au Minnesota, Buck, le frère aîné de Clyde (Gene Hackman), un loser avide de fric et de gloire, grossit les rangs du gang mais traîne avec lui Blanche, son épouse (Estelle Parsons) qui est l'antithèse de Bonnie : chaste fille de pasteur, hystérique, peureuse et physiquement ingrate.
Au détour d'une de leurs échappées, on croise pour la première fois au cinéma, Gene Wilder, invité malgré lui à partager un bout d'asphalte au milieu des désormais gangstars.
Cette brève rencontre marque une rupture dans le film. Cette bande pas bien finaude baignant dans l'euphorie, l'insouciance et l'insolence, muée en d'impitoyables tueurs de flics glisse alors vers la désillusion, la fatigue, la susceptibilité, le fatalisme et le nihilisme.
Illustré par des thèmes bargeots au banjo, "Bonnie & Clyde" (1967) est un des tout premiers films de l'ère moderne à mêler action et policier, incorporant une violence sanglante et réaliste et osant aborder aussi frontalement le sexe.
Le mythe Bonnie & Clyde et le film d'Arthur Penn ont suscité moult phantasmes et inspirations artistiques plus ou moins réussis : le duo Gainsbourg/Bardot dont la chanson est directement adapté du poème "The Trail's End" de Bonnie Parker (que Dunaway lit à Clyde peu de temps avant leur fin comme une épitaphe) ; en '68 Clyde Hallyday se ré-appropria un hit US de Georgie Fame puis pèle-mêle : Eminem, RHCP, Beyoncé...en passant par le scénar de "Natural Born Killers" de Tarantino mis sur rail par un Oliver (véritablement) Stone.