[Insérer ici air blasé] Bon, "Sunset Boulevard" est considéré comme un chef-d'oeuvre de l'âge d'or d'Hollywood. Il a été sur-cité, sur-étudié et sur-analysé, à tel point que des milliers de cinéphiles ont pu perpétuer d'amples génocides, s'achevant dans un nombre incalculable de kleenex.
Toutes les approches, des moindres recoins de ce métrage virtuose ont été prétextes à des analyses poussées. De sa séquence d'intro à son flou final. Mais maintenant, du haut de 2019, près de 70 ans après sa sortie, cette œuvre magistrale de Billy Wilder a-t-elle encore des réflexions à offrir ? La réponse est oui (sinon je ne serais pas en train de perdre mon temps à taper tout ça, pour l'unique plaisir de, moi aussi, remplir quelques kleenex).
"Sunset Boulevard" c'est un film visuellement magnifique, qui pose une ambiance qui l'est tout autant. C'est un véritable hommage à l'époque du muet, et à la réminiscence d'un Hollywood disparu. Au tournant des années 1930, lorsque le parlant s'est imposé, de nombreux artistes, stars du muets, sont tombées dans l'oublie, n'ayant pu s'adapter à ce nouveau mode de fonctionnement.
La création d'un film muet n'a absolument rien à voir avec celle d'un parlant, seuls certains ont su réussir la jonction. Pour d'autres, ce fût une descente dans les abîmes du souvenir. C'est d'eux que parle "Sunset Boulevard", ces vieilles stars d'un Hollywood passé, remplacées par une nouvelle génération.
Avec beaucoup de tendresse, Billy Wilder traite ce sujet au travers d'une ambiance sombre et mélancolique, symbolisant la fin d'une époque. Et comme le mec est loin d'être un cave, il a au passage posé les bases qui allaient devenir les références du film Noir.
Avec son rythme lent savamment dosé, ce chef-d'oeuvre propose une réflexion sur le temps qui passe, et sur ces artistes appartenant à une autre époque, et qui refusent de disparaître, malgré l'âge (je vous rappel que dans 5 jours sort Rambo V, avec un Stallone de 73 ans...). Au point de vivre dans une chimère, refusant de voir leurs rides, ayant recours à de multiples artifices, comme la chirurgie. Démarche hautement pathétique pour tenter de rester dans le coup.
Dramatique, et abordé comme un polar virtuose, avec sa bienveillance non feinte pour ses personnages, "Sunset Boulevard" synthétise la cruauté du Hollywood de son temps. Par le biais d'une démarche corrosive, s'enfonçant inexorablement à chaque minutes supplémentaires vers le drame le plus profond.
Inégalé, dans sa capacité à mêler le vrai et le faux (Wilder utilise des réalisateurs et des acteurs du muets, dans leurs propres rôles), la classe de la mise en scène, et la mise en abîme du scénario, font ressortir l'absurdité tragique et illusoire, d'existences vouées aux projecteurs.
Aujourd'hui, on pourrait aisément faire des liens avec de vieilles gloires des 80's et des 90's qui peinent à revenir par tous les moyens (pubs, parodies, show tv humiliants…), et parfois avec succès par le biais de la série Tv. Mais on pourrait aussi décliner ça au terrible traitement des "stars" de Téléréalité, prêtes à tout pour grappiller quelques minutes de plus, sous les objectifs des appareils photos et des caméras.
Quitte à venir sur des plateaux tv se faire ridiculiser. Pour un ultime jet de reconnaissance. Où apparaître dans Voici, Gala, Ici Paris, est devenu une expression en soit d'une notoriété désuète, à la limite du macabre.
Oeuvre intemporelle sur le temps qui s'écoule inexorablement, broyant la.jeunesse des gloires passé, "Sunset Boulevard" est à l'instar de son plan final, une réflexion sur l'absurdité d'un star système désuet. Se terminant dans un flou, tel l'incroyable explosion du cynisme d'une industrie peu scrupuleuse du sort de ceux qui n'ont plus rien à rapporter.
Et pourtant, "Sunset Boulevard" est certainement, encore aujourd'hui, le plus bel hommage qu'Hollywood ait fait à Hollywood. Et à tous ceux qui ont participés à la naissance et à la création de cette usine à rêve, qui plus de 100 ans après, nous touche encore parfois. [Insérer ici émotion de cinéphile]
-Stork._