Il y a toujours quelque chose entre Tomek et la femme qu’il épie, qu’il aime en cachette : le parc de la cité HLM où ils occupent deux différents immeubles, la vitre du bureau de poste où il travaille, la vieille dame qui l’héberge, l’âge aussi. En usant de différents moyens pour réduire ou allonger la distance qui les sépare, Kieslowski rappelle à quel point le cinéma est cet art de l’intervalle ; et comme il appartient à Tomek comme au cinéaste de commander son désir de voir – et de montrer pour le second nommé. Le final, sublime, est à ce titre évocateur : il est une émouvante passerelle entre la pulsion scopique du personnage principal et celle du cinéaste.
Avec le talent de mise en scène qu’on lui connaît, Kieslowski (et son fidèle scénariste Piesiewicz) va même jusqu’à franchir la ligne entre le regardeur et le regardé puisque Magda va découvrir qu’elle est observée et en jouer, installant entre elle et Tomek un rapport trouble qui ne cède jamais à la vulgarité du simple voyeurisme.
N’oublions pas la superbe musique de Preisner, discrète et s’inspirant de la guitare espagnole, soulignant subtilement le mystère qui entoure cette brève histoire d’amour.