Difficile d’évoquer « Call me by your name » sans immédiatement revoir sa fin inoubliable, en forme de plan fixe sur le visage d’Elio, baigné de larmes et face caméra, sans aussitôt réentendre la complainte élégiaque qui l’accompagne, susurrée par Sufjan Stevens.
Puis reviennent les images d’un été écrasé par le soleil d’Italie, d’une villa sur les rives du Lac de Garde, d’une ambiance eighties d’insouciance, de farniente, de pauses lascives au bord de la piscine, de villages quasi-déserts et de virées à bicyclette. C’est dans cet univers de vacances que se rencontrent Elio et Oliver. Elio a 17 ans et vit dans une famille érudite, entre les livres, les sculptures et la musique. Cet été sera pour lui celui de l’éveil des désirs, de la découverte des corps, masculins ou féminins, de ses propres sensations et des expériences. Thimothée Chalamet, littéralement habité par le rôle, a su parfaitement en trouver les nuances, entre fragilité et détermination.
Face à lui, Oliver élève en doctorat, massif, ténébreux et sensuel , interprété par un Armie Hammer beau comme une statue grecque, sème vite le trouble dans cette famille tolérante et cultivée. Commence alors une relation initiatique, un chassé-croisé amoureux comme il en arrive tous les étés sur la plage, mais qu’on imagine toujours unique et définitif. Là est la grande force de cette histoire touchante, scénarisée 10 ans plus tôt par James Ivory : elle transcende l’homosexualité de ses personnages pour nous parler plus universellement d’un premier amour, pudique et charnel à la fois, des doutes qui l’accompagnent, des fantasmes ou des espoirs contrariés qu’il suscite, et nous renvoie à nos propres souvenirs d’une jeunesse trop vite envolée.
Avec « Call me by your name », Luca Guadaguigno a réussi un film d’une sensibilité rare, une œuvre solaire d’esthète, un creuset d’émotion contenue qui nous saisit lentement et, aux détours d’une conversation père-fils bouleversante où se mêlent compassion et regrets, nous emporte définitivement .