Divertissement familial de par ses origines foraines, le cinéma pille à l'envie les plus célèbres contes populaires depuis ses premières bobines. Georges Méliès met en scène sa première version de Cendrillon – certainement la première de l'Histoire du Cinématographe – dès 1899,
un court métrage en cinq tableaux
où la magie d'effets spéciaux simples et efficaces émerveille parents et enfants sous la colorisation partielle.
Le prestidigitateur n'est pas scénariste, ce qui l'intéresse, c'est le divertissement. La narration ne s'embarrasse pas de détails et le conte en est réduit à l'ossature. Mais l'intérêt des tableaux réside dans la variété : transformations, où la Fée Marraine offre carrosse et robe de bal à la souillon, comédie, où la romance se noue d'une danse, cauchemar du temps qui impose son irrémédiable marche, et ballet de mariage. Le réalisateur étale là ses envies
sous les magnificences de décors, de costumes et d'accessoires théâtraux.
Fantasque et divertissant, le fond du conte n'est pas important sous les extravagances spectaculaires de la forme : Georges Méliès et sa troupe s'amusent, bricolent, et livrent une joyeuse féerie enchantée plutôt qu'un conte et ses morales limitées. L'histoire n'est que prétexte à tourner la manivelle.
Habité d'une urgence passionnelle, le magicien parisien enchaîne les productions en son studio de Montreuil. Ce Cendrillon se fait témoin des inspirations sans détour dont se nourrissait Georges Méliès, prêt à trouver partout
le prétexte de mises en scène fabuleuses et grandioses.
Habitué aux numéros de music-hall, le technicien ne s'embarrasse guère de l'épaisseur de ses personnages, préférant monter le divertissement spectaculaire pour lequel le visiteur, assurément impressionné, ne viendra pas récupérer le prix de son ticket.