Où avons-nous laissé les frères Wachowsky (désormais frère et sœur), depuis Matrix, trilogie culte, dont le dernier volet est sorti il y a 10 ans? Après un interlude par l’adaptation fluorescente et acidulé de la série japonais Speed Racer, entièrement tournée sur fond vert, qu’en est-il du talent de ces réalisateurs qui avaient réinventé les codes de la science-fiction au cinéma et déterminé ce à quoi ce genre devait ressembler pour les 10 prochaines années ?
Appuyé par Tom Tykwer, les Wachowsky nous livrent donc leur deuxième film en tant que réalisateurs depuis la saga Matrix.
Cloud Atlas est un projet très ambitieux, aussi démesuré qu’un Tree of Life, une histoire inscrite dans celle de l’univers et à l’échelle de temps disproportionnée. Le film propose de suivre 7 histoires se passant à 7 époques différentes, dont le lien entre elles apparaît bien mince. Si lien il y a celui-ci est moins physique que métaphysique. On suit donc les aventures d’un jeune avocat en Polynésie juste avant la guerre de sécession américaine, d’un compositeur des années 30 se cherchant un mentor, celles d’une journaliste de San Francisco enquêtant sur les agissements d’une société nucléaire dans les années 70, l’enfermement en maison de retraite ubuesque et kafkaïen d’un éditeur de 2012, la fuite d’une cyborg dans Néo-Séoul, ville du XXIIème siècle, et enfin, dans un futur indéfinissable et post apocalyptique, la survie d’un chef de tribu hanté par des visions diaboliques.
Les mêmes acteurs reviennent dans les 7 histoires maquillés et méconnaissables jouant des personnages différents, mais au traits de caractère similaires, Jim Sturgeiss, le gentil jeune premier, Hugh Grant, l’homme de pouvoir peu scrupuleux, Hugo Weaving, le méchant glacial et imperturbable (très agent Smith, d’ailleurs), etc… Cette trouvaille, un peu gadget, amuse les premières minutes du film, le spectateur jouant à reconnaître les acteurs entre les différentes scènes. Il ne s’agit pas là de la meilleure invention du film.
La force du film réside dans son montage, acrobatique, risqué, tenant les 2h30 du film sur un fil en équilibre, sans jamais le faire basculer dans le vide.
Les histoires s’entremêlent, on passe de l’une à l’autre sans raison apparente, suivant parfois pendant 10 minutes l’une des aventures avant de passer sur 20 secondes d’une autre et de revenir pour 2 minutes sur une autre histoire. Cela pourrait paraître bien chaotique, voire indigeste si le montage n’avait été aussi virtuose. Les transitions s’appuient sur le rythme des récits pour nous faire passer d’une histoire à l’autre sans la moindre frustration. La musique omniprésente, lascive, lancinante et répétitive enrobe le film d’une atmosphère qui nous berce et nous guide à travers tous ces changements d’époque et de lieu.
Les histoires prises séparément n’ont que peu d’intérêt et c’est bien leur addition, qui en font la force de ce film. Le projet était ambitieux, et les Wachoswky s’en tirent avec les honneurs.