Decision to leave est sûrement le film le plus épuré que Park Chan Wook ait réalisé. Si la mise en scène, toujours soignée et pertinente, reste très travaillée, les thèmes ont évolué vers plus de simplicité jusqu'à atteindre, il me semble, une justesse bouleversante, loin de la frénésie de vengeance et des bains de sang de ses débuts.
On retrouve pourtant certains de ses leitmotivs ; perversité pure et naïveté troublante se côtoient sans cesse et créent un marasme d'émotions et de sentiments dans lequel les specteur·rices peuvent plonger avec délectation. La scène où Seo-rae parle à son chat en chinois et qui est approximativement traduite par Hae-joon en est l'un des exemples les plus marquants avec, bien sûr, ce fameux sourire de Seo-rae, derrière ses longs cheveux bruns lorsque Hae-joon la croit en train de pleurer. La trame policière qui se tisse en arrière-plan permet au réalisateur de mettre en valeur cette ambiguïté fondatrice chez les personnages et que j'aime tant chez Park Chan Wook (je pense notamment à Thirst, Ceci est mon sang).
L'amour qui unit Seo-rae et Hae-joon est diffracté, dissonant. Les personnages s'abordent, effleurent du bout des doigts une proximité rêvée (à ce titre, les moments où le policier fantasme la vie de Seo-rae en entrant dans son cadre, dans des gros plans intrusifs, sont particulièrement réussis, je trouve) se fondent l'un dans l'autre (les poches!) puis s'éloignent et cherchent désespérément à se retrouver dans des plans dont le montage alterné (chacun·e dans sa voiture, silencieux·se, avec pour seul lien le bruit entêtant d'un clignotant) souligne à la fois la proximité et la distance. À chaque fois, l'amour de l'un·e ne répond à l'amour de l'autre qu'avec un temps de retard créant un décalage d'une tragique banalité.
La fin du film brouille toutes les limites, les blocages et les impossibilités dans un mélange d'eau, de sable et de soleil couchant. Elle se pose comme l'apogée de ce décalage tragique, aussi douloureuse que jouissive à contempler à l'écran.