Des films sur l’IA, tu tapes dans une poubelle, t’en as 20 qui sortent.
Et parfois, une pépite sort du lot.
C’est le cas de Ex Machina.
Si vous avez lu ma critique de Her, vous savez à quel point j’adore les films sur l’intelligence artificielle qui retournent le cerveau à propos de l’évolution de l’humanité et surtout, sur les émotions en tant que codes lisibles et programmables, et non plus comme une simple théorie. Mission totalement accomplie ici.
Ex Machina, c’est l’histoire de Caleb, programmeur travaillant pour la société Bluebook, le plus grand moteur de recherche du monde. Heureux gagnant d’une loterie organisé par le mystérieux PDG de l’entreprise, il se voit offrir une semaine dans la propriété de ce dernier. Arrivé à destination, il lui présente Ava, sa toute dernière création, une intelligence artificielle, et souhaite lui faire passer le test de Turing.
Je ne sais pas trop comment « catégoriser » le film ; science-fiction ? Thriller psychologique ? Romance ? Anticipation ? Un peu de tout ça, finalement, tant le propos est haletant et nous met en proie à d’intenses introspections. Pour une première réalisation, Alex Garland s’en sort à merveille et nous offre une vision de la robotique qui, même si elle empreinte quelques éléments à ses prédécesseurs, a le mérite d’innover et de nous surprendre. La mise en scène reflète parfaitement le point de vue du réalisateur : sur la question du but de l’existence d’une intelligence artificielle à la psyché aussi complexe que l’homme, tout est « flou » : maison tech / nature aux contours indéfinis, lumières tamisées, néons au plafond placés de manière archaïque, forte présence de miroirs (l'homme créé pour créer ou pour répondre à ses propres désirs ?), tout nous pousse à ne plus savoir si il faut contempler Ava et son inquiétante pureté ou chercher, comme Caleb, à percer l’insondable vérité qui réside en soi.
J’ai adoré me faire berner en beauté, ne sachant plus vraiment ce que je ressentais au fur et à mesure que le film avançait ; intrigué, subjugué (notons ici la qualité des CGI), horrifié, amoureux, blasé, en colère… Sacré panel d’émotions.
Le casting n’est pas en reste. Domhnall Gleeson (que j’apprécie de plus en plus au fil des films) incarne parfaitement ce jeune geek solitaire au passé tragique, et Oscar Isaac est au top dans son rôle de « docteur Frankenstein » cool, intriguant et insondable à la fois. Une petite réserve quant à Alicia Vikander qu’on ne voit pas assez à l’écran. J’eusse aimé pouvoir plonger un peu plus dans son jeu, mais peut-être était-ce là la volonté de Garland ?
La bande originale est sobre, pas franchement marquante mais terriblement efficace dans le genre de ces musiques qui plongent dans un état de réflexion quasi-léthargique.
Seul petit bémol : la fin. Il aurait été, je pense, plus impactant de raccourcir le film de 5 minutes
(Ava dans l’ascenseur)
, plutôt que d’épiloguer sur ce qu’on voyait progressivement arriver gros comme une maison.
En résumé, je ne regrette absolument pas de m’être perdu sur Netflix et d’être tombé sur ce film intelligent, apportant un regard un peu neuf sur le sujet de l’intelligence artificielle et de la prétention de l’homme à vouloir absolument contrôler et comprendre tout ce qu’il créé.