Après le plaisir indéniable du roman, le visionnage de ce
téléfilm sans budget ni imagination
laisse une belle impression de gâchis, comme trop souvent avec les mornes adaptations des œuvres de Stephen King au cours des années quatre-vingt. Profondeur des questionnements intérieurs des personnages tronquée, ellipses inexpliquées qui rongent le propos et effets spéciaux beaucoup trop rares et sans envergure, Charlie en version télévision se contente simplement de viser le suspense sans jamais allumer la mèche.
Au catalogue du bon point, je me contenterai de noter le rôle principal attribué à la toute jeune et toute mignonne Drew Barrymore qui, du haut de ses six ou sept ans, tente de donner le peu qu'on lui demande au cœur d'un casting sans relief. Une distribution sans étincelle, où même l'excellent George C. Scott, âgé et fatigué, supposé tenir cet inquiétant rôle à double visage du mal incarné en doux indien, ne correspond en rien à la vision du jeune agent ambitieux et manipulateur développé dans l'œuvre originale. Où Martin Sheen non plus n'a pas la place dévolue à son personnage.
Face à ce maigre plaisir, le film se consume sous une musique épouvantable – caractéristique du vide culturel des années quatre-vingt et du manque d'imagination des productions télévisées de l'époque. Sans faire réellement contre-sens, le scénario respecte à peu près la structure du bouquin mais prend certaines
libertés elliptiques inexpliquées, raccourcis narratifs,
qui passent alors (délibérément ?) à côté des enjeux psychologiques du travail de Stephen King et, comble du passage à l'image, en oublient totalement les possibilités cinégéniques sous-jacentes. Un budget visiblement restreint condense l'action en quelques décors là où le livre foisonnait de voyages et de distances, et concentre les dépenses en effets spéciaux sur le dénouement quand c'est justement l'appréhension de ces facultés paranormales – celles d'allumer les feux et de déplacer les objets – qui construisait la réflexion dense du livre. Adieu donc l'exploration psychologique de l'enfant face à l'appréhension du monde, adieu également les touches subtiles de réflexion autour de l'eugénisme et la douce remise en question des méthodes secrètes d'agences gouvernementales de sécurité intérieure, tout ce qui semble intéresser les producteurs du téléfilm se résume à monter l'angoisse autour d'une petite fille isolée sans jamais faire feu...
Sans jamais y parvenir quand aucune des manipulations qu'elle subit n'y est creusée.
Téléfilm d'action sans épaisseur,
Charlie manque cruellement d'empathie et de profondeur autant que d'effets spéciaux et de budget : pétard mouillé.
La photographie ne saisit jamais la beauté des paysages, les décors sont minimalistes au possible et dans ce cadre plat, les comédiens n'ont pas l'opportunité réelle de montrer ce dont ils sont capables. Le succès de l'auteur américain a porté nombres de cinéastes à s'intéresser à son travail, et les années quatre-vingt furent un vivier d'adaptations de ses œuvres, pour le meilleur quelques rares fois, pour le pire bien trop souvent.
Charlie est là, au cœur du pire, sans jamais réussir à embraser le spectateur.