J'ai décidé de visionner ce film par curiosité, et car son nom est arrivé à mes oreilles : je n'en attendais rien de particulier. Si, à mon goût, il comporte des imperfections, au même titre que d'autres films de sa trempe, et si je ne l'ai pas vraiment apprécié, j'y ai cependant vu des choses intéressantes à n'en pas douter.
Ce qui me bloque en premier est un choix de réalisation (pas ce qu'on peut appeler un défaut donc). Dans un film avec ce genre de propos, il est obligatoire, je pense, de trancher : volontairement exagérer, ou tempérer la chose (certes au risque de moins toucher le spectateur) telle est la question. Ici le choix s'est porté sur l’exagération, parfois difficilement justifiable, chose avec laquelle j'ai définitivement un problème. Naturellement, le film veut mettre mal à l'aise, mais en plus de ça, il y a aussi une dimension de provocation/choc tout à fait présente. Si l'oppression et la tension tout au long du film sont parfaitement palpables et m'ont clairement fait frémir, le "too-much" parfois gratuit m'a trop souvent réellement gêné, tant dans le traitement du cannibalisme que dans celui de l'adolescence. C'est à peu près le seul point qui m'a dérangé, mais force est d'admettre qu'il m'a complètement ruiné le reste du film. J'ai parfois eu cette même sensation que j'avais eu en visionnant Requiem for a Dream (pour ceux/celles d'entre vous qui l'ont vu je pense que vous saisissez).
Pour ce qui est de la thématique du cannibalisme, j'ai trouvé le rapport au corps très bien traité et toujours au centre de l'attention : d'une présence presque envahissante. Nous sommes presque acteurs d'un jeu sensoriel qui, usant du toucher et de l'ouïe, nous happe. C'est ce qui permet en grande partie à la tension de s'installer durablement --> bon travail des acteurs, notamment de la jeune actrice Garance Marillier, du rôle principal (Justine) que j'ai trouvé très bonne, et qui plus est bonne exploitation des sons, qui sont poussés à l'extrême. Ensuite, le côté découverte qui découle de l'éducation végétarienne de la jeune fille est très intéressant. On peut se demander si, dans le cadre également du contexte de l’adolescence (volonté de braver l'interdit et le tabou), la privation n'a pas accentué la fascination pour la viande. Dans la violence de certaines scène on retrouve aussi un côté animal, même bestial, d'une jeune fille en totale perte de contrôle. Certains passages, notamment la scène de bagarre entre les 2 sœurs, ou la scène de sexe entre Justine et Adrien, ont un côté très primitif. Pour finir avec le cannibalisme, et les questions qu'il soulève, notamment la difficulté qu'il représente dans la vie en communauté, j'ai trouvé la fin assez bizarre --> quand on y réfléchit, le cannibalisme peut parfaitement être vu comme un trouble du comportement, mais comme une pathologie héréditaire ... pas convaincu du tout.
A côté de ça, on trouve beaucoup d'allusions à la volonté du groupe d'adolescent de repousser les limites plus loin, pour toujours mieux les braver ensuite, tombant dans un cycle infini de mise à l'épreuve et de destruction individuelle. Dans la réalisation de certaines scènes liées à cette thématique, j'ai retrouvé mon problème avec l’exagération, à la foi dans le cadre, le choix de la musique, et le jeu des acteurs (par exemple le passage ou Justine est devant le miroir avec ses écouteurs, ou encore ce plan où elle est assise sur une table au milieu d'une soirée avec une posture et une expression tout à fait explicites). Encore une fois, je ne peux pas considérer ça comme des défauts, car ce sont des choix de réalisation et les acteurs remplissent leur job à merveille; ce sont simplement des choix qui ne me parlent pas à titre personnel, et que je n'aurais pas fait.
Pour conclure donc, un film que je n'ai sûrement pas apprécié à sa juste valeur, mais qui a le mérite de proposer un contenu soigné, des thèmes multiples (dont je n'ai cité que les 2 exemples principaux, étant conscient qu'il y en a d'autres) qui poussent à l'interrogation, et dont la réalisation et la direction/performances des acteurs sont tout à fait prometteurs et appréciables.